Edmond Pery, le service militaire. #4

Dimitri Haulet, Philippe Haulet    2021-11-15 18:15:37   

Une vie d’aventures et de passion pour l’automobile. (PART-4)


1951 - Service militaire.

Une nouvelle aventure commence, 21 mois... non pas de vacances mais d’obéissance.

Dès le premier jour, nous sommes triés selon nos capacités. Un officier recherche ceux qui sont compétents en mécanique, savent conduire et parlent anglais.
C’est mon cas et nous sommes 20 à être sélectionnés, 10 flamands et 10 wallons. Nous sommes tous dans la même chambre et, par bonheur, très privilégiés.

A cette époque l’organisation de l’armée belge passe sous l’autorité de l’armée américaine. Tous les livres techniques concernant les camions, les voitures, les jeeps doivent être traduits en français, en flamand, et c’est notre travail.

Le camion FORD Canada !

Arrive l’épisode du contrôle de la conduite. L’officier nous rassemble devant un camion Ford Canada. Dans ce camion, la pédale d’accélérateur se trouve entre les deux autres pédales ! Je vous rappelle que mon Amilcar a les pédales inversées, c’est-à-dire embrayage à la jambe droite et frein, accélérateur à la jambe gauche. Ces foutues pédales du Ford Canada vont me donner du fil à retordre...
Tour à tour, nous conduisons ce camion, accompagnés d’un moniteur. Lorsque mon tour arrive, le moniteur remarque mes difficultés avec les pédales. Je lui apprends que je conduis, depuis deux ans, mais que ma voiture Amilcar dispose d’un ordre des pédales inhabituel.
Le moniteur me fait stopper, descendre et me dit que je n’ai jamais conduit de voitures. Comme j’habite Liège et que la caserne de la Chartreuse se trouve dans les environs de la ville, je lui propose de venir le samedi suivant en Amilcar qu’il pourra la conduire.

Ainsi dit, ainsi fait. Le samedi, je suis devant la caserne et le moniteur est bien là. Il regarde la voiture, s’installe au volant et se trompe dans la commande des pédales !!
« Je n’ai jamais vu une disposition comme ça dans une voiture. »
Je lui explique qu’à l’origine, la voiture est une conduite à droite et que je l’ai transformée en conduite à gauche... d’où la raison de cette disposition inhabituelle. Il était contraint de reconnaître que j’étais un bon conducteur !

Londres, nous voici !

Le service militaire se poursuit, et notre équipe de 10 flamands et de 10 wallons forme un bon groupe, et nous allons travailler comme les employés d’une grosse société, 8 heures par jour à jouer avec le dictionnaire. Après quelques mois, nous demandons à un officier de nous accorder deux demi-jours de sport et de détente à la caserne. Cette demande sera accordée et nous avons formé ainsi deux équipes de basket-ball.


Nous sommes promus sergents, et un membre de la chambrée prend connaissance d’un O.J. (ordre journalier) qui autorise un voyage vers certaines capitales par avion militaire.
A trois, nous introduisons une demande auprès du colonel, étonné : « Si vous pouvez aller à Londres, moi, je pars tous les week-ends. »

Oui, nous sommes partis de Melsbroeck en DC3 vers Londres où nous sommes attendus par une voiture de l’ambassade. Celle-ci nous y conduit pour un verre de bienvenue.
Nous sommes logés pour deux nuits, dans une grande maison qui fait office d’hôtel. Nous partons à trois et rentrons à quatre ; notre nouveau compagnon nous demande le secret pour cette astuce car il est fiancé à une londonienne et veut profiter le plus longtemps possible de cette facilité.

Düren et l’Allemagne détruite...

Pour nous, elle sera unique car nous partons vers l’Allemagne pour les trois derniers mois de service militaire. Nous allons donc être séparés. Je vais dans une caserne de Düren et je suis nommé responsable d’un charroi de 80 camions FN (Fabrique Nationale à Herstal).
Je dispose d’un bureau dans un baraquement datant de la guerre et tous les matins, je donne les instructions de travail pour la journée. Je fais la connaissance d’un ancien officier de l’armée allemande. Celui-ci se présente tous les jours au garde-à-vous devant moi ; et ses premières paroles sont : « Bonjour, M. Pery, pouvez-vous me dire ce que nous allons faire aujourd’hui ? »
Il reste devant moi, au garde-à-vous jusqu’à ce que je lui dise le mot ‘repos’. Je parle quelques mots d’allemand et nous allons vite fraterniser. Il m’apprend que, pendant la guerre, il a piloté un chasseur Messerschmitt. Lors d’une mission au-dessus de l’Angleterre, il a été abattu et a reçu des éclats d’obus dans les jambes.

Les trois mois à Düren passent vite. Avec l’armée américaine, nous participons, forts de nos 80 camions, à des grandes manœuvres. Nous réalisons que l’Allemagne est complètement détruite. Même d’une grande ville comme Cologne, ne reste debout que la cathédrale !

A suivre : Piedboeuf.

A LIRE AUSSI sur Automag.be... 

Part 1 : Edmond Pery, mon enfance dans le quartier du Laveu
Part 2 : Edmond Pery, l’Amilcar et la première aventure automobile
Part 3 : Edmond Pery, les débuts dans le monde du travail

Vos commentaires

  • Le 16 novembre à 16:35, par André Renkin En réponse à : Edmond Pery, le service militaire. #4

    J’ai eu pas mal de contact avec Mr Pery ,toujours positif ,le dernier fut lors d’une rencontre de rassemblement ou je conduisais ma Lancia Flavia Vignale et ou il la qualifia de la plus belle du rallye ,quelle fièrté pour moi qu’un tel compliment me fut adressé par cet sommité du monde automobile belge

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