PAC 2OO7 : LA DERNIERE FOLIE DES BELGES !

Raymond Collignon    2007-11-17 14:19:39   

PAC HISTORIC RALLY du 1 au 4 novembre 2007 !


Manosque tète le pied des Alpes, le ciel d’un bleu léger recouvre les montagnes aux sommets enneigés, le vent d’habitude si violent est étrangement calme … c’est le calme avant la tempête !

Les fadas du PAC sont là, une quarantaine de voitures à 8O % belges, prêtes à prendre le départ de ce rallye qui traîne derrière lui la réputation du plus dur rallye de régularité secret sur routes ouvertes d’Europe.

Eddy Borremans avait annoncé : « Cette année, le dernier Pac sera plus facile, vous pouvez venir avec vos belles voitures, vos femmes et vos enfants, pas de problèmes, vous passerez les deux doigts dans le nez ! »…Evidemment, personne ne l’avait cru, bien leur en a pris car c’est un Pac de légende qui les attendait.

Les MIROUX ont sorti leur DATSUN 240Z "rallye". La petite soeur de celle des 6 heures de Francorchamps

Il ne manque pas beaucoup de « grands Belges », Chavan, Paisse, Delhez, Deflandre, Holvoet, Adriaens ,Vandervorst, Reuter, Bellot, Horgnies, Lareppe, Miroux, Mathonet, Lux, Rogister, Dozo, Nelles etc…n’en jetez plus, Manosque « parle » belge, on peut même dire liégeois ! Ah que cet accent rocailleux a du charme surtout quand il se mêle au chant provençal des Laloge, Setti, Tarabbia et autres pilotes français bien d’ici !

Même l’Italien Fiorito est venu se perdre avec sa petite Autobianchi Abarth pour disputer la place de leader du challenge européen de régularité à José Lareppe.

Mathieu, Adrien et Raymond : l’équipe Automag au complet.

Notre équipage AUTOMAG aligne quant à lui à nouveau la Porsche Carrera portant encore les stigmates de sa sortie de route portugaise, heureusement la mécanique a été parfaitement refaite par Michel Baumet le mécanicien avignonnais qui semble connaître les filles de Stuttgart comme sa poche ; en tous cas, la belle grise, sortie des mains du sorcier, rugit à nouveau comme une tigresse très impatiente d’en découdre avec ses petites compagnes d’aventure.

Jeudi premier novembre, on attaque de nuit !

Le premier départ se donne à vingt heures…autant débuter par la nuit puisque demain, on en fera une presque complète !
Cela commence dur car il faut d’abord comprendre le road book qui n’est pas écrit en schémas mais plutôt en descriptif littéraire très abrégé. En plus, comme à l’habitude dans les rallies d’Eddy, le départ des spéciales se fait en « self start » mais il faut souvent pédaler pour y arriver à l’heure. Les prises de temps intermédiaires se font à l’arrêt ce qui donne l’avantage de connaître directement le « résultat » mais l’inconvénient de devoir relancer la mécanique à chaque fois avec plusieurs dizaines de secondes de retard, si l’on combine cela à l’une ou l’autre erreur de navigation, cela devient vite un « canon ball » !

C’est cela le principe du Pac… du secret très rapide avec en plus une navigation plus compliquée que d’habitude pour d’autres rallyes organisés en ces régions.

Eddy Borremans n’hésite même pas à mettre quelques « décomposés » à la Belge dans son road book, avec, évidemment prise de temps à la sortie !

Au bout de la route, les sommets enneigés.

Cette première boucle de nuit, heureusement sans brouillard parcourt le pays de Forcalquier où s’accumulent les petits cols et leurs routes sinueuses. L’étape nous mène haut au « pas de Graille » à 1.6OO mètres d’altitude. Dans ce monde minéral, le givre montre même son nez, ce qui nous conforte dans notre choix d’avoir monté des pneus Michelin Alpin.

Après 1O4 kms de ce hors d’œuvre et déjà 7 spéciales, nous regagnons Manosque, il est minuit l’heure du crime et le bar de l’Ibis est toujours ouvert… ah ce que les Belges racontent leurs histoires bien quand ils sont devant une bière !

Le classement détermine déjà une première hiérarchie ; Chavan, parfaitement co-piloté par Joseph Lambert mène la danse avec sa Porsche 911 Carrera 2,7. Nous sommes cinquièmes à treize secondes juste derrière l’Alfa d’Yves Deflandre et Georges Chalsèche, c’est bien mais nous sommes conscients que cela ne fait que commencer !

Vendredi 2 novembre, le jour le plus long !

Huit heures du matin, premier départ !

On n’a pas beaucoup dormi, les voitures sont givrées, les têtes mal réveillées, la Durance fume dans son lit…

Le départ se fait dans l’ordre du classement, nous partons donc derrière Delhez et Deflandre, de bons concurrents qui ne risquent pas de nous gêner en spéciale. Les dépassements restent en effet un problème difficile dans ce genre d’épreuve et il vaut mieux partir derrière un « rapide » si on ne veut pas perdre trop de temps quand on rattrape le concurrent parti devant, ce qui nous est déjà arrivé la veille.

Paul ROYEN plus habitué aux Porsche a mené sa Volvo à la 10e place... sans frein !

Nous partons par Oraison et là, de suite, nous tombons dans le premier piège du Road Book… nous nous retrouvons face à face avec Joseph Paisse faisant des « freins à mains » à qui mieux mieux dans le village de Puimichel…où nous ne devions pas passer !

Fiorito et d’autres se fourvoient aussi, ils dansent et tourniquent devant les yeux courroucés d’un petit vieux qui n’aime pas les voitures de courses avec des numéros sur les portes dans son charmant village !

Nous prenons déjà 138 points de pénalité dans l’aventure ce qui donne après l’occasion à la Porsche et à son pilote de tester ses performances maximums « à la recherche du temps perdu », c’est comme cela le PAC, la moindre erreur se paie cash.

De cols en cols, à travers les forets calcinées le rallye continue en filant vers Dignes les bains où nous ballonnons pour trouver la sortie vers les fameux Thermes. Cette fois, c’est la Toyota d’Holvoet que nous avons au derrière, elle aussi en retard…

"De cols en cols, à travers les forets calcinées, le rallye continue..."

Nous filons plein tube vers le « haut Verdon » avec ses nombreux cols à plus de mille mètres et les très belles gorges de DALUIS. Malheureusement, alors que tout va bien à bon rythme, le rallye doit se détourner de son itinéraire car le fameux col de la Lombarde à 2.35O mètres d’altitude qui nous permettait en principe une incursion vers l’Italie est bloqué…par la neige, nous nous trouvons donc contraints d’éviter Vinadio et les deux cols à plus de 2.4OO mètres qui étaient au programme.

Eddy Borremans retombe vite sur ses pattes, il dévie son rallye vers le sud et n’hésite pas à nous faire faire le TURINI dans tous les sens, le col de Braus et les autres folies de la dernière nuit du Monte Carlo, C’est inédit, inattendu et… passionnant car au niveau pilotage, nous n’y perdons certainement pas au change : La Bollène, Lucérane, Tourette, cela tournique sans arrêt, tout cela de nuit, rien que du plaisir !

Le beau détour nous ramène finalement vers l’itinéraire de base ; Castellane nous apparaît, après ces déserts d’altitude, comme un haut lieu de la civilisation avec son « casino » et sa pompe à essence à « cartes françaises » !

Le croira-t-on ? Il est plus de deux heures du matin quand nous regagnons enfin Manosque, dix huit heures après notre départ ! Nous avons parcouru plus de 55O Kms avec 16 spéciales et pas moins de 28 prises de temps…tout cela pour le plaisir !

Les « grands gamins » sont fatigués mais leurs yeux sont remplis d’étoiles !

Adrien FELOT et CHAVAN au repos : cela arrive aussi au PAC

Chavan a maintenu le cap tenant après cette journée infernale Reuter et Holvoet à bonne distance. Quant à nous, nous finissons quand même huitième après avoir été classé au plus bas à la dixième place, c’est ce qu’on appelle « limiter les dégâts » !

Samedi 3 novembre la balade n’est pas finie, vive les forges du Verdon !

Eddy Borremans est très gentil avec ses troupes puisque le rallye ne redémarre qu’à 1O H 3O du matin…

- « Ce sera facile aujourd’hui oh, il y a bien encore un piège ou l’autre et puis, faites attention, je vous ai quand même mis un peu de terre ! »

C’est vrai que de la terre, on n’en avait pas encore eu !

Eddy Borremans, le "professeur" donne son cours. La Provence est dans son cadre.

Eddy tient ses promesses, il y a de la terre, de la belle terre avec des pierres trop coupantes pour nos Michelin. Nous sortons de la dernière spéciale avec le pneu arrière gauche déchiré, heureusement le Dieu des rallyemen était avec nous, puisque nous sortons de la poussière des champs de lavande en pointant au dernier contrôle avec six secondes…d’avance, mais le Michelin a rendu l’âme !

Nous arrivons à changer la roue sans trop nous énerver pour pointer au contrôle horaire suivant tout juste dans notre ultime minute…

Tout va donc pour le mieux…sauf que la roue de réserve est beaucoup plus grande… d’abord, la voiture se met en crabe dès qu’on accélère et les distances lues désormais au Halda sont complètement fausses.

Pauvre Adrien qui est arrivé quand même à naviguer à vue dans ces conditions en modifiant « au pif » et au fur et à mesure les distances lues !

La Porsche file dans les champs de lavande, Adrien se concentre... Bientôt la terre !

Il était temps que cela finisse, Fiorito casse sa voiture ce qui, contre toute attente, nous permet de remonter encore une place en terminant à une honorable septième place, Joseph Paisse et Francis Dozo léchant nos échappements mais restant juste derrière.

Au cours de cette dernière journée, c’est tout le Verdon que nous avons parcouru Lac de Sainte Croix, Valensole et tutti quanti…quand même plus de cent kilomètres d’un tourisme très sportif.

Il est pratiquement 18 heures quand nous regagnons Manosque, le rallye est fini après plus de 1.2OO kms de routes de montagne, 3O spéciales à rythmes soutenus et 62 prises de temps, c’est cela le PAC !

"Il y a de la terre, de la belle terre avec des pierres trop coupantes pour nos Michelin"

C’était bien la dernière folie des Belges !

Chavan-Lambert remportent donc ce rallye. Joseph Lambert avait gagné le premier Pac en 2OO2 avec Didi, il gagne le dernier avec Chavan en 2OO7, la boucle est bouclée pour ce très grand équipier…

26 voitures classées, 1O Belges aux 1O premières places, 5 Porsche, deux Volvo, une Toyota, une Alfa et une Mazda, rien que des voitures solides et rapides avec à leurs volants des pilotes ne craignant pas l’improvisation aventureuse et des équipiers expérimentés et solides dans leurs têtes, c’est tout cela qu’il faut pour réussir un bon PAC.

Le lac de Sainte Croix bleu comme le ciel

En tous cas, quoi qu’avait annoncé le grand chef c’est un nouveau rallye de légende que nous avons vécu et nous nous souviendrons tous de la dernière nuit qui, même sans brouillard, a tenu toutes ses promesses.

Dommage que le « marché » de ce type d’épreuve est visiblement assez limité et que moins de 4O voitures au départ, c’est trop peu. C’est probablement la raison principale qui a contraint Eddy Borremans à jeté le gant abandonnant ainsi pour un temps cette superbe épreuve aux orties…à moins que quelqu’un ne se décide à la reprendre à ses risques et périls !

Heureusement et c’est un scoop, l’itinéraire d’un certain Kokside -San Remo est déjà ébauché, on vous l’avait bien dit : ce Belge du bout des mondes n’a pas fini de nous surprendre !

Raymond Collignon

- Classement PAC 2007

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