Rallye Pekin-Paris de passage en Belgique, le rêve éveillé !

Bob d’Automag, Etienne Debrulle    2019-08-19 12:36:17   

The Greatest Motoring Adventure : Peking to Paris 2019


7h30, je monte dans ma voiture, direction la belle vallée de la Molignée et ses petites routes tortueuses. J’y arrive aux alentours de 9h et déjà il y a un peu de monde.
Les amateurs d’anciennes, des anonymes curieux et des cyclistes intrigués par ce regroupement de personnes ; un peu comme pour une arrivée.... Mais c’est un CH que je suis venu voir (un contrôle horaire pour les non-initiés). Et un CH du célèbre Pékin-Paris, çà ne peut pas se rater pour un amoureux de l’Histoire et des vieilles voitures. 108 concurrents et 20 nationalités pour rejoindre Paris au départ de Pekin....

Il fallait aller chercher l’information pour connaître l’itinéraire précis et l’horaire, un peu comme il y a 40 ans quand la communication était moins évoluée et qu’il fallait se munir d’une bonne carte pour dénicher le point de passage intéressant. (Quoique, Automag avait bien préparé et diffusé des informations utiles).

Bref, me voilà auprès de la célèbre abbaye de Maredsous pour plonger, l’espace de quelques heures, dans un rêve éveillé. Et je ne serai pas déçu .

Vers 10h, j’entends les premiers rugissements d’une mécanique d’un autre âge, un engin d’une autre époque, hors du temps. Vous savez, ce genre de véhicule qui vous rappelle l’odeur des bons plats de votre grand-mère et la caisse de Dinky Toys avec laquelle vous refaisiez les courses sur la table recouverte d’une nappe bien cirée.

Casques de cuir, lunettes, gants, tableaux de bord en bois précieux, volants d’un diamètre impressionnant, changements de vitesses nécessitant le célèbre double embrayage.... Ces pilotes et copilotes anachroniques sont épatants, un savant mélange d’aventurier et de « diabolo mécanicien ». Et déjà ce soucis du détail et de l’astuce qui permettent de réparer dans un délai relativement court comme cette Chrysler de 1927 dont les lames de ressort de rechange sont fixées aux bas de caisse du châssis.... Ce genre de préparation qui vous fait penser qu’en 1907, seul le prince Borghèse était arrivé à Paris au volant de son Itala .

Un peu plus loin, c’est un équipage américain qui s’occupe de la purge du circuit de freinage. Il y a encore des jantes en bois, à rayons aussi. Les beaux grands phares des Bentley sont de grands yeux qui me regardent, qui des deux est le plus rêveur ? Et puis cette odeur d’huile chaude, de freins qui ont chauffé, d’embrayages usés par ce périple hors norme .

Et pourtant c’est bien un musée sur roues qui s’offre à ma vue. Faire autant de kilomètres avec ces voitures est un réel challenge tant sur l’aspect physique que mécanique. Il faut une sacrée condition et une préparation rigoureuse pour affronter ces 6 semaines de course sur des pistes et des routes difficiles, le tout dans des conditions météo parfois capricieuses.

Les équipages sont sympathiques et abordables. L’un d’eux m’explique n’avoir subi qu’une seule crevaison depuis son départ de Pékin, la fiabilité de ces vieilles dames est étonnante. Cette petite remontée dans le temps est un régal pour les sens : l’ouïe est flattée par des mélodies intéressantes ; la vue ne peut qu’apprécier les lignes épurées ( ou pas...) de ces belles et notre odorat est titillé par les sensations olfactives qui se dégagent de ces autos.

Et comme lors de chaque rallye, il faut des vainqueurs. Dans la catégorie Classic, c’est l’équipage Crown /Bryson sur une Leyland P 76 qui s’impose. Alors que dans la catégorie Vintage c’est la magnifique Bentley super sport de 1925 qui s’offre la première marche du podium.

Bref, c’est un mélange de nostalgie et de poésie mécanique qui valait bien ces quelques lignes qui résument parfaitement l’ambiance bucolique qui régnait ce jour là.....
L’enfant qui est toujours en moi a adoré.

Etienne Debrulle

Bob d’Automag a promené son micro dans les paddocks, au grès des arrivées et des départs des aventuriers... on partage avec vous ces quelques instants parfois surprenants !

Rod WADE (AUS) nous vient d’Australie avec sa Ford Model A 1930 (#3)

Rod WADE nous vient d’Australie avec sa Ford Model A 1930

Rod Wade et Kelly Whitton viennent de Brisbane dans l’état du Queensland en Australie.
Ils ont déjà fait un long voyage pour rejoindre Pékin l’immense capitale chinoise. Nous avons fait 14 heures de vol vers Beijing (ou Pékin) ensuite 36 jours pour rejoindre Paris et il restera 23 de vol vers la maison.

C’est la 3ème fois que je fais ce rallye, je l’ai fait deux fois avec cette voiture, la Ford Model A, et la première année c’était avec une Ford tudor (2 portes) du même type. Nous sommes actuellement premiers de notre classe et 15ème au classement général c’est vraiment super et nous sommes heureux, c’est le meilleur de nos resultats oui, c’est normal on apprend de ses fautes et 3x c’est déjà une sage expérience. Des problèmes mécaniques, oui cela arrive dans ce genre d’expéditions les bougies qu’il faut remplacer, une roue arrière qui voulait passer devant, mais rien de très grave.
Si on revient pour la prochaine édition ? Ah oui c’est certain !

Graham Goodwin (GB) et la Bentley Super Sports 1925 (#12)

Graham et Marina Goodwin nous viennent d’outre manche. Ces anglais ont fait un fameux voyage à bord d’une Bentley Super Sports de 1925 propulsée par un beau 5,3L. C’est la première fois que l’on participe, mais c’est dur vraiment très dur, la traversée de la Mongolie c’est indescriptible, il faut aller aussi vite que tu peux sur une piste de terre et cailloux… et tout cela en évitant de casser la mécanique… c’est le rallye le plus fou et difficile au monde je crois.
Vous n’êtes pas encore arrivé, mais presque… si demain on vous propose de revenir pour participer à la prochaine édition, vous dites ???

Hummm (il réfléchi…) non, je ne crois pas car c’est très éprouvant pour la voiture, j’ai du faire 3 réparations car le chassis se fissure, il a fallu souder et renforcer mais nous sommes en tête de la catégorie Vintage.

Renee Brinkerhoff (USA) sur Porsche 356A (#56)

Renee Brinkerhoff (USA) : "j’adore la Belgique !"

J’adore la Belgique, vraiment, lorsque nous sommes venus d’Allemagne et juste passé la frontière belge l’accueil était tellement généreux, les gens étaient au bord de la route pour nous applaudir, faisaient des photos, on sentait la ferveur de ce public belge, c’était vraiment un beau moment pour moi.

C’est une épreuve très difficile et rude, mais si vous avez une voiture bien préparée et que vous ne faites pas de bétises, comme nous l’avons fait, c’est réalisable vous pouvez faire tout le périple jusqu’à l’arrivée. Nous avons eu un problème avec le moteur, mais c’était notre faute car nous n’avons pas positionné les filtres à air correctement et la poussière de Mongolie s’est introduite dans le moteur.
Mon premier rallye était en 2012 la Carrera Panaméricana, une épreuve extraordinaire, j’ai plongé dans le monde du rallye. Je connais le monde de la compétition parce que j’ai été championne de natation, mais ici c’est encore différent. Nous avons gagné notre classe à la Carrera Panaméricana avec cette Porsche 356, premier rallye et première victoire, un beau début !
Prête à refaire le Pekin-Paris ?
Oui je reviendrais certainement, c’était vraiment une belle aventure ; mes coups de coeur cette année : la Mongolie et … la Belgique pour leurs fabuleuses routes de rallye.

Alan Beardshaw (GB) et la Volvo PV544 (#58)

Alan Beardshaw (GB) : c’est notre première fois !

C’est notre première fois sur le Pekin to Paris, nous avons l’habitude de participer à d’autres rallyes historiques, mais ici c’est un challenge unique que nous devions tenter.
Il y a de bon souvenirs et des moins bons… nous avons roulé sur de longues routes monotones, et puis il y a eu la Mongolie ou on ne peut plus parler de route mais c’est juste comme une traversée du désert avec la poussière les cailloux et des rochers même, juste terrible. C’était très cassant pour l’auto, nous avons cassé la suspension arrière et rejoint l’assistance sur le camion. Quand la suspension a été soudée c’est le côté avant qui casse… encore quelques soudures ; la voiture a vraiment souffert c’est un peu pénible pour moi qui en prend soin.
Mais demain lorsque nous rejoindrons Paris, nous pourrons dire qu’on l’a fait, et accrocher fièrement la plaque de rallye sur le mur du garage.
C’était une belle expérience avec les bon moments et les mauvais moments (Alan a le sourire aux lèvres) et c’est ce qui est intéressant ; si tout se passait sans problème nous n’aurions rien à raconter !

Erik van Droogenbroek (NL) et la Volvo P1800ES (#68)

Erik van Droogenbroek et la Volvo P1800ES venue de Aruba !

Vous venez de Aruba et comment vous est venu l’idée de participer au Pekin to Paris ?
En 2016 j’ai vu un petit film, un reportage sur le Pekin-Paris, j’ai trouvé cela vraiment génial et je me suis dit il faut acheter une auto, c’était une Mustang, et nous avons roulé le Inca Rally en Amérique du Sud, il s’est avéré que la Mustang n’était pas la monture idéale pour ce type de rallye et nous avons acheté cette Volvo P1800ES parce que j’aime son style et puis il y a la place pour emporter du matériel, la tente et tout ce dont vous avez besoin pour une telle aventure. Nous l’avons testé sur la TransAmerica et comme c’était concluant nous l’avons préparée pour le Pekin-Paris… et nous voici !
En Mongolie nous avons eu 2 crevaisons, brûlé l’embrayage, et en tapant sur un rocher j’ai cassé un axe de fusée, heureusement j’en avais un de réserve avec moi. Nous avons perdu pas mal de temps et au classement nous tombons de la 2éme à la 6éme place dans notre classe.
On vous revoit pour la prochaine édition ?
Euh… à cet instant je ne sais pas, mais c’est vrai que enivrant. C’était tout de même 36 jours de rallye, intensif et endurant, très sportif et certainement pas des vacances reposantes.

Alan Maden (AUS) Rolls Royce Silver Shadow (#120)

Alan Maden (AUS) Rolls Royce Silver Shadow : c’est une expérience à vivre dans une vie !

Ce rally est incroyablement rude, beaucoup plus que je ne l’imaginais. C’était une “première” et je suis heureux de l’avoir fait, c’est une expérience à vivre dans une vie.
Bon Dieu, pourquoi avoir choisi une Rolls Royce pour cette épreuve ?

C’est une bonne question (Alan éclate de rire) j’ai plusieurs Rolls Royce, un peu collectionneur, et je préparais une Phantom I mais j’ai réalisé que ce n’était sans doute pas le meilleur choix en regardant les images des éditions passées, et j’ai réorienté mon choix sur la Silver Shadow plus adaptée. La plupart des gens pensaient que nous n’irions pas plus loin que la Chine et nous sommes ici, nous l’avons fait, même si en Mongolie nous avons levé le pied et ménagé la voiture au détriment du chrono… mais cela nous a permis de poursuivre sans encombres ou presque. En fait nous avons eu des ennuis à cause de la boue en Kasaksthan. Dans un bourbier nous avons cassé l’échappement et la chaleur sortant du tuyau cassé s’est concentrée sur l’amortisseur arrière qui a surchauffé et finalement fondu. Pas très grave et finalement rien de grave au niveau mécanique. Nous avons souffert, l’auto aussi mais nous serons à l’arrivée à Paris !

John Beresford (CAN) Volkswagen Coccinelle (#42)

Une petite coccinelle dans un rallye aussi rude… oui et pourquoi pas, c’est une auto très fiable avec une mécanique simple et facile à réparer. Nous avons juste eu un problème d’embrayage en Mongolie mais cela a été rapidement réparé.

Paul Hickman (AUS) Bristol 403 (#65)

La Bristol 403 est une voiture de luxe produite à 287 unités de 1953 à 1955 par le fabricant anglais Bristol Aeroplane Co et propulsée par un six cylindre.

Un pari un peu fou d’engager une auto aussi belle et si rare dans un rallye aussi dur ?
Une Bristol est comme une autre auto, mais conçue par un constructeur d’avions et avec la conséquence que c’est une auto très compétitive. Notre objectif est de confirmer que la Bristol a toujours sa place dans cette aventure, et nous sommes 9èmes au classement général.
C’est notre deuxième participation avec cette Bristol, nous l’avons fait en 2016 et nous savions à quoi nous attendre, mais cette année le niveau de difficulté à très fortement augmenté. Nous sommes très fatigués et l’auto aussi.
On dit « jamais deux sans trois », vous serez de retour pour une prochaine édition du Pekin-Paris ?
Ah cela dépendra de mon copilote et de son degré de résistance à la torture !

Paul Hickman (AUS) Bristol 403 : c’est une auto très compétitive

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