Troisième Cévennes GT2 I CLASSIC. Pilotes de nuit dans le brouillard

Raymond Collignon    2009-12-16 13:20:17   


Pour la troisième fois, Serge Recolin et son équipe organisait cette année le GT2i, rallye nocturne très sportif dont la réputation va grandissante. Au départ de ce projet se trouve aussi Francis RAMADIER, patron de la firme GT2i qui souhaitait associé sa marque spécialisée dans la distribution d’accessoires sportifs automobiles à une épreuve classique de régularité ciblant un public d’amateurs de "vrais rallyes" à l’ancienne. S’inspirant directement du célèbre rallye des Cévennes qui fut à l’époque un des plus beaux rallyes du monde de ce type, ils essayent, en respectant les règles actuelles de la régularité, d’y parvenir.

La BM 323I de Francis RAMADIER et Jean-Claude LAMORLETTE, une belle "bête"

Le fabuleux terrain de jeu est le même, quasi inchangé : le massif montagneux des Cévennes… rocailleux, solitaire, désertique mais quand même suffisamment habité que pour être parcouru par une multitude de petites routes toutes les unes plus sinueuses que les autres. Ces sauvageonnes caracolent de cols en cols, de causses en causses, de vallons escarpés en gorges sauvages jusqu’à nous forcer à en attraper le tournis. Malgré tous les risques qu’il y a à rouler de nuit en "secret" au plein cœur d’un automne déjà bien entamé, la formule plait indéniablement .

La PORSCHE au départ, le public est nombreux et attentif, de véritables passionnés dans cette région taillée pour
le rallye (Photo Alain PATRICE)

Plus de cent voitures étaient en effet au départ du rallye cette année, un véritable miracle par ces temps si difficile où même certaines épreuves majeures sont annulées par manque de concurrents ! Les raisons de cet indéniable succès sont certainement multiples mais la principale est certainement que de nombreux passionnés en manque de vrais sports attendent ce genre d’épreuve, comme en Belgique, les Boucles de Spa Légend, dans leur genre différent, font aussi le plein chaque année. Ne croyons pas que la majorité des collectionneurs veulent du "facile", ils souhaitent au contraire de l’aventure, du grand frisson ! Ici se mêlent donc gloires anciennes du rallye français, NICOLAS,LAURENT,NEYRET, ALMERAS, à toute une série d’amateurs purs prêts à croiser le fer avec ceux qu’ils admirent et qui font, sans enjeux, le même sport qu’eux.

Quand les légendes vivantes roulent … Bob NEYRET au volant d’une DS21, roulera presque toute la nuit

De Nuit et dans l’embrouille.

17 heures, la nuit va bientôt tomber sur Gange, les premières voitures démarrent devant un nombreux public, l’animateur s’égosille, interviewe, raconte… tout le monde est passionné . Dans ce coin des Cévennes, on sent la « tradition rallye », les gens aiment, sans nostalgie, un sport qui a marqué de son empreinte une région taillée pour lui. Le temps est gris avec quelques gouttes de pluie annonciatrices du pire. Après une vingtaine de kilomètres, nous arrivons au départ de la première spéciale. Déjà Adrien s’inquiète : « Les distances ne sont pas justes ! » Etrange en effet, alors que nous étions parfaitement étalonnés, plus rien n’est juste. Il faudra faire avec mais nous apprendrons plus tard que le Road Book a été tracé avec une voiture dans la sonde de mesurage était déficiente sans que le « traceur » ne s’en rende compte ! Les équipiers sont donc mis à rude épreuve car, en plus les étapes spéciales sont très longues et leurs calculettes chauffent autant que leurs cerveaux, de plus , les corrections doivent se faire dans les deux sens… !

Guy ADAM et Jacques FURET, la belle MATRA JET 6 finira par sortir légèrement de la route et ne finira pas le dur
rallye (Photo Alain PATRICE)

Arrivée à TALLEYRAC, cela sonne comme l’accent du coin, mais dans la voiture cela grince ! Au départ de la spéciale 2 vers le col du Pas, les discussions entre équipiers vont bon train, apparemment seuls les pilotes s’amusent ! Et c’est vrai le terrain de jeu est merveilleux, probablement un des plus beaux du monde car nous ne sommes pas dans les alpes avec une succession d’épingles ni en zone plus habitées avec des « quittez » à tout bout de champ, ici le pilotage est très varié : virages serrés, cuvettes, jumps, épingles, enfilades, se succèdent dans un ordre aléatoire, tout cela de nuit en secret. De cols en gorges, la route continue majoritairement en spéciales, plus de 7O% de l’itinéraire ! A la fin de cette première boucle de plus ou moins 2OO kms un fort brouillard fait son apparition, oserions nous dire que nous le souhaitions ? Masochistes jusqu’au bout, c’est pourtant la vérité, nous aimons la purée de pois ! De retour à Gange, la révolte gronde et Serge Recolin se pose des questions. Le Road book est impeccable mais les distances sont assez fantaisistes, où est l’explication ?

lessandro CELLI, "l’architecte", et Jessica GORMAN changent le pneu de leur voiture après avoir dû abandonner, un pneu clouté avec 3 pneus "normaux", cela n’allait vraiment pas. Mauvaise roue de secours …

Le brouillard se fait plus dense !

Certain hésitent à repartir d’autant plus que le classement publié est vraiment surprenant… En fonction des inspirations de chacun et aussi de son sens de l’improvisation , on peut dire que c’est le classement des meilleurs devins mais pour deviner, il faut aussi en plus de la chance. Le rallye repart donc après une halte de deux heures et un repas local délicieux. Le bon petit rouge qui fait des centenaires à ne plus savoir qu’en faire est quand même à éviter car la suite du programme est particulièrement gratiné. Heureusement, un premier miracle se fait, les distances sont désormais justes ! Ah quel plaisir de freiner au bon moment pour les « quittez » et d’être justes avec les moyennes ! On attaque les gros morceaux, il pleut dans les fonds et le temps est doux, tout les phénomènes météos sont en place pour que le brouillard s’installe.

Pascal et Morgan AIME tout étonnés de terminer 3ème. C’est pas juste, disent-ils ! (Photo Alain PATRICE)

Effectivement, d’abord par courtes taches et ensuite pas nappes plus denses, le roi des rallyes s’installe. En plus, on monte et on descend du « PONT D’HERAULT » au cols de la « TIBALLE » en frôlant le vieil « AIGOUAL » par le col de « l’ESPINAS ». Les deux dernières spéciales son quasi IOO% dans le brouillard La dernière spéciale de COLOGNAC fait à elle seule 58 kms d’une traite ! Heureusement, au milieu de la route étroite et sinueuse des petits points blancs salvateurs guident avec sécurité les plus intrépides. Ceux qui aiment cela prennent du plaisir, les autres galérent. Nous rattrapons plusieurs voiture dans cette ouate dont la Porsche « O » partie bien devant nous. Nous avons la sensation que tout marche bien et pourtant le « BLU NIK » qui nous contrôle ne voit pas passer notre Porsche partout ! Après 18O kilomètres de plaisirs intenses, une autre surprise nous attend en effet. Alors que nous avions l’impression avoir très bien roulé, nous nous retrouvons classés dans les tréfonds du classement, 57 ième…surprise, surprise ! La montagne met plus de trois heures à cracher ses voitures, le brouillard est de plus en plus dense et les derniers souffrent.

La Porsche AUTOMAG avec sa nouvelle livrée belge CLEVERLIFT en attente de la nuit

Un rallye sportif, un miracle au bout du compte.

Le brouillard fait des dégâts, quelques uns abandonnent d’autres se battent jusqu’au bout malgré qu’ils n’aiment pas cela. Et puis nous vivons un vrai miracle ! La BM 2OO2 TII de Daniel Del TORCHIO et de Michel CAMINADA sort de la route et bascule dans le trou, 4O mètres plus bas... Le pilote est gravement blessé, la voiture ayant fait plusieurs tonneaux est bien endommagée mais le Dieu des rallyemen a une fois de plus fait des miracles. Les deux amis, deux costauds, sortent du trou et seront finalement sauvés par des pompiers incroyablement efficaces dans cette nuit noire où l’on travaille à l’aveugle et … aux cris. Le rallye reste un sport dangereux mais tout le monde accepte de courir le risque de rouler dans ces conditions. Les moyennes sont en général bien adaptées au terrain et c’est quand le brouillard, la neige ou le verglas s’en mêlent que les choses se compliquent. Ce sport reste certainement des plus beaux en matière d’automobiles anciennes, c’est là que, sans servo frein ni direction assistée, loin des anti-patinages électroniques et autres stabilisateurs de trajectoire, ces veilles dames montrent à quel point elles savent encore être efficaces, malgré tous leurs gros défauts qu’on leur pardonne volontiers.

La PORSCHE des vainqueurs CARBONEL-LOMBARD dans la nuit (Photo Alain PATRICE)

Les balisent ne voient pas tout, vive les chronos humains !

Nous avons l’explication de notre classement catastrophique. Une balise BLU NIK ne nous a pas vu passer ! Nous apprendrons plus tard que cela peut arriver dans certaines conditions climatiques extrêmes. Jean-Pierre NICOLAS en sait aussi quelque chose puisque lui, c’est à plusieurs reprises qu’il a été oublié par l’œil électronique, empêchant même son classement… Nous ne pouvons nous empêcher de penser au chronométreur humain entraperçu au dessus du col de la Fayole lors de la nuit du Nivarais que nous avions gagné dans un épais brouillard. L’homme debout dans la purée de pois ne laissait rien passer avec son chrono à la main, mais c’est lui qui souffrait ! Le rallye est finalement gagné par la Porsche de CARBONEL-LOMBARD, des habitués méritants ayant au mieux évité les pièges du road Book. Ils sont suivi par le Belges HORGNIES-SOYEZ, confortant leur première place au challenge européen et par les AIME père et fils, tout surpris d’être aussi bien classés. Finalement, après rectification, nous sommes classés seizième…nous n’avons pas tout compris !

Les vedettes françaises à l’arrivée. On reconnaîtra en vrac Jean-Pierre NICOLAS, Bob NEYRET, Jean-Marie
ALMERAS, Claude LAURENT, etc. Pas mal !

A la remise des prix nos amis RAMADIER et RECOLIN ont reconnu les problèmes, faute avouée est à moitié pardonnée et nous sommes certains qu’ils remettront avec application le métier sur l’ouvrage pour concocter l’année prochaine un rallye parfait. En tous cas, dans un tel décor, entre causses, montagnes et gorges cévenoles il y a moyen d’organiser une des plus belles épreuves de nuit du monde. L’équipe en place maîtrisant le terrain à merveille, relèvera certainement ce nouveau défi : mêmes itinéraires, livre de route impeccable, moyennes un peu plus rapides… nous sommes déjà plus de cent aventuriers à nous réjouir de vivre cela l’année prochaine !

Raymond Collignon.

A gauche les vainqueurs CARBONEL-LOMBARD, au centre HORGNIES-HAYEZ qui remportent le Challenge Européen de régularité, à droite AIME-AIME (Photo Alain
PATRICE)

Infos : Auto Rétro Cévennes
- Chemin du Tour de ville
- 30120 BREAU et SALAGOSSE (France)
- Tel. +33 (0)4.67.81.35.72
- mail : auto.retro.cevennes free.fr

Vos commentaires

  • Le 17 décembre 2009 à 14:17, par Alessandro En réponse à : Troisième Cévennes GT2 I CLASSIC. Pilotes de nuit dans le brouillard

    Bonjour Raymond.
    Felicitations pour ton article
    En vérité, même si nous nous sommes retirés,( il etait impossible de conduire dans ces conditions météo avec 1 pneu clouté et 3 normal), nous avons été classés. En effet, après la crevaison d’un pneu en ZR7, nous avons poursuivi l’épreuve jusq’au son bout.(1700 penalitées avec le coeff.).
    Aprés nous avons pris le départ de la zr8 et nous somme arrivé jusqu’au premier chrono, avant d’abandonner. L’accident survenu à Del Torchio et Caminada, miraculeusement sauvés, a fait annuler tous les chronos suivants, donc nous avons été classés : 44 me ....pas mal !!
    Bien a toi
    Jess Sandro Balou

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