BULTACO - COMPERE gagne

Jean Van Der Rest    2007-01-25 19:35:00   


Dire que Jean Marie COMPERE soit encore et toujours passionné de motos, ce serait commun à des milliers d’entre nous, mais "fan" de motos de compétitions, c’est déjà plus rare. Et encore plus rare, le fait qu’il soit en même temps collectionneur et pilote de machines ancêtres et de classiques.

C’est quelque part sur les hauteurs de Spa que nous l’avons rencontré.

Depuis une trentaine d’années, notre homme a collectionné des engins allant d’avant 14 jusqu’aux années 70. Le coup de foudre pour ces belles mécaniques, il l’a vécu fin des années 70, alors qu’il assistait à une course d’ancêtres à Zolder (comme il pourra à nouveau le faire en 2007). Ce furent : d’abord une, puis deux, puis...La passion est la plus forte et quand elle vous tient, elle devient telle que l’on n’achète plus pour revendre, mais pour les bichonner passionnément, les faire tourner et les garder, parfois jalousement.

BULTACO TSS 350 cc

LE VIRAGE

Non content de posséder ces anciens bolides dans son garage, il décide de se lancer avec elles dans la compétition. Et en 1987, c’est la victoire. Pas n’importe laquelle. Le "Golden Trophy" à Spa-Francorchamps, sur une Bultaco TSS 350, belle espagnole qu’il venait d’acquérir quelques semaines auparavant avec certificat d’authenticité d’usine. 1er devant les Bianchi, Norton, Aermacchi, Honda avec 22 secondes d’avance sur la Ducati de Froom (Hol.). Le bulletin du C.R.M.B. de l’époque précise : La Bultaco de Jean Marie Compère, le régional du circuit fut intouchable dans les deux manches. Il faut dire que j’ai vu sa pauvre maman, le dos tourné à la piste, réciter au moins 10 chapelets ! Etait-ce pour qu’il soit premier ou pour le protéger...parce qu’il roulait trop vite ? Nous nous permettrons d’y ajouter qu’il ne pouvait rien lui arriver : il portait le n°7.

Cependant ! Après avoir emporté la première manche courue le matin, il manqua lamentablement le départ de la seconde vers 15h. Moteur engorgé ! Dégorgé aux manettes et c’est le départ. Oui mais, bon dernier. C’est là que les prières de maman doivent avoir fait effet, puisqu’il va progressivement remonter ses 27 concurrents et terminer...avec un boulevard d’avance. Fou de joie et on le comprend !
"D’autant plus, ajoute-t-il, que rien ne pouvait me faire plus plaisir que de gagner à Spa-Francorchamps car ce circuit, c’est un peu mon jardin. J’en connaissais tous les virages et la plus petite courbe de mémoire. Les yeux fermés, je vous récite le défilement comme une prière." Précisons qu’il habitait déjà à quelques kms de notre circuit mondialement célèbre.

ELLE... et lui !

Mais sa n° 7 n’est pas toujours au départ de courses. Quand il ne court pas, sa passion il l’a vit aussi dans les paddocks, avec les ingénieurs et les mécanos. Là où l’on vit avec les techniques. Celles de la mécanique et celles de courses. Ce qu’il y a vécu, il aime en parler et lorsqu’il en parle, c’est comme lorsqu’il démarre : difficile de l’arrêter.

KREIDLER - VAN VEEN, VOUS CONNAISSEZ ?

Sa VAN VEEN KREIDLER (ex. Jan De Vries champion du Monde 1071-72)

Peu avant les années 60 les motos KREIDLER sont arrivées de Hollande. Importées par Van Veen-Belgique. Véritables petits bolides usinés à la main, leur vitesse était impressionnante. La 50cc.a établi le record du tour au circuit de Spa-Francorchamps à 160 km/h de moyenne. Aussi, après de nombreux succès, Van Veen crée sa propre écurie de courses et monte ses motos avec moteurs Kreidler à la base. Aujourd’hui, les véritables Van Veen de cette époque sont devenues rares, mais J.M. Compère est - à juste titre - fier d’en compter une dans sa collection.

...Fonce et gagne !

L’homme est sobre. Parler de lui ne l’intéresse pas. Alors que, par nos questions nous tentons de ramener les propos sur son personnage, c’est avec le sourire qu’il s’échappe pour nous parler de machines qu’il a connues et de leurs pilotes d’exception. Alors que nous lui disons que non, l’histoire des Honda nous la traiterons une prochaine fois, il réplique "d’accord, mais il faut quand même que je vous parle de "la 6".
Pour les non-initiés, voici un résumé de son épopée.

LA HONDA 6

1960. Soichiro Honda, père fondateur de la société disposait des moyens financiers et industriels pour laisser libre cours à l’imagination de ses ingénieurs. Un de ceux-ci, un certain Irimajiri eut pour tâche de transformer le moteur bi-cylindre RC 113 afin d’en équiper une moto de "Grand Prix". A 4 soupapes par cylindre, il manquait de puissance. En février 64, après 2 années, Irimajiri esquisse l’ébauche d’une 250 à 6 cylindres. Le secret sera bien gardé. La même année, la Honda (qui ne s’appelle pas encore "6" pour ne rien dévoiler) fait son apparition sur le circuit de Monza équipée de 4 pots d’échappements. Rien de spécial côté paddocks, Honda va aligner ses 4 cylindres. C’est du moins ce que la marque tenait à laisser croire.

C’est juste avant les premiers essais que les 2 pots supplémentaires furent montés à l’abri des regards et là...! Son bruit très particulier, unique, inouï et merveilleux. "Le plus beau bruit, je crois, jamais émis par un moteur de compétition". Pilotée par Jim Redman, la "Honda 6" termina le Grand Prix en deuxième position. Le bolide était extrêmement difficile à maîtriser et peu de pilotes seront capables de le conduire en "Grand Prix". Elle termina sa première année (1965) en remportant le Tourist Trophy, le Grand Prix de Spa-Francorchamps et celui d’Allemagne. L’année suivante "elle" reçut un nouveau pilote ; Mike Hailwood. A eux deux, Jim et Mike remportèrent 10 des douze grands prix en 250cc et en 67, huit des treize de cette catégorie. Si Mike fut sans conteste LE pilote de la Honda ‘’6’’, l’on ne peut évoquer l’un sans prononcer le nom de l’autre. Hello, Jim !

HONDA 6 officielle de Mike Hailwood (photo Honda)

Avec ses victoires, l’année 1967 marqua un tournant de l’histoire des 6 cylindres, entre autres lorsque le comité technique de la F.I.M. annonça une réforme du règlement. Les 50cc. ne devaient plus avoir qu’un seul cylindre et six vitesses, les 125 et 250, deux cylindres et six vitesses et les 350 et 500, seraient limitées à quatre cylindres à partir de 1970.Cette mesure sonna le glas des merveilleuses Honda 6 cylindres.
Et Jean Marie de conclure : ‘’ cette moto de compétition est restée un véritable phénomène pour ceux qui ont pu l’approcher. Ces derniers sont fort rares, car à l’époque de sa gloire sur circuits, les machines étaient très protégées des curieux’’.

Robert Ianucci - célèbre avocat New-yorkais - possèdait une Honda 6 cylindres en ligne. Pour sa remise en état, il a fait appel à, ni plus ni moins que l’ancien mécanicien de Mike Hailwood en personne. Nobby Clark, yes Sir ! Et c’est Jim Redman qui la pilotait en démonstrations.

Mike Hailwood en ’67 avec la Honda 6

La Honda 6 restera un mythe et un rêve - loin de la portée du premier venu - puisqu’il faut actuellement débourser, pas moins de 700.000 euros pour acquérir une de ces formidables machines. A condition de la trouver...d’abord.

TROIS EPOQUES

Souvent, un pilote représente une époque.
L’avantage chez Jean Marie Compère, c’est que depuis le début de ses exploits jusqu’à la mythique Honda 6, en passant par la Kreidler-Van Veen cousue mains, l’on survole les époques sans avoir eu le temps de les voir passer...

Jean VAN DER REST

Vos commentaires

  • Le 2 mai 2007 à 16:47, par François Clouaire En réponse à : BULTACO - COMPERE gagne

    Bonjour,

    Pouvez vous me dire si une Honda "6"350cc a belle et bien existée ?...J’ai l’impression que non mais je ne suis pas sur...
    J’ai roulé au début des années ’70 sur une Bultaco 360 Montadéro..et j’en garde le souvenir ému de rouler a fond sur les longues plages landaises...(autres temps !...)Très présentes aussi les chaleurs quand il s’agissait ,lancé a pleine vitesse, de freiner fort !..
    Connaissez vous un passionné interressé par une 350 Gnome et Rhone CM1 ? Merci et bravo. François.

  • Le 5 mai 2007 à 00:03, par s.combaud En réponse à : BULTACO - COMPERE gagne

    Bonjour,

    Je suis un passionné de motos anciennes et je serai heureux de prendre contact avec vous au sujet de votre gnome rhone.
    Vous pouvez me contacter sur mon adresse mail : s.combaud libertysurf.fr ou sur mon portable au 06.87.57.99.88.

    Cordialement

    S.COMBAUD

  • Le 20 avril 2010 à 15:59, par laforge En réponse à : BULTACO - COMPERE gagne

    oui une 296cm2

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.