Mon père m’a transmi du "Chevrolet" dans mon ADN !

Bob d’Automag    2013-07-16 14:28:05   


Ray et les Chevrolet, une belle histoire !

L’ouverture des portes du garage familial, 17 ans plus tard, ravive chez Jeannie Lambrecht, la fille de Ray et Mildred, d’émouvants souvenirs … et de belles histoires remontent à la surface comme si c’était hier.

Lors de l’ouverture du garage en 1946, il y avait même des éléphants pour faire la publicité de Chevrolet !

Ray est né à Pierce en 1918 et a toujours été attiré par les automobiles. Gamin, déjà, il tâtait la mécanique et s’intéressait au fonctionnement de la voiture familiale. Un beau jour, alors que sa mère se plaignait de ne pas avoir de chauffeur pour la conduire en ville faire quelques achats pour le dîner du soir, Ray grimpa dans la Chevrolet coupé de 1927 et proposa de conduire sa maman au magasin 7 miles plus loin. D’abord surprise, la mère décida de faire confiance à son fils et la Chevrolet crapahuta à 20 ou 25 miles à l’heure sur les chemins poussiéreux du Nebraska.
Le permis de conduire, qui coutait 1dollar à l’époque, ne sera obligatoire qu’en 1941. Ray était fier de pouvoir conduire cette Chevrolet, bien qu’il avait du mal à voir la route car le volant lui gênait la vue, assis sur le bord du siège … Ray n’avait que 9 ans !

En 1942, lors de la seconde guerre mondiale, mon père a servi l’armée américaine comme sergent durant 4 ans combattant les attaques Japonaises. Le mariage avec ma mère a été reporté, mais elle l’a suivi vers la Californie pour être plus près de lui. Lorsque papa a été démobilisé, il est rentré au Nebraska en 1946 et mes parents se sont mariés.

Construire sa concession, brique par brique …

Cette année là, papa avait l’opportunité de commencer une carrière de dealer Chevrolet. Juste avant la guerre, Chevrolet avait commencé à recruter des franchisés pour assurer la diffusion de ses automobiles dans le Midwest. L’oncle Ernest, qui possédait petit garage, avait reçu cette proposition de la marque Chevrolet, et il demanda à Ray de s’associer afin de construire une concession de la marque pour faire grandir le business.

La vie de tous les jours n’était pas si facile à cette époque où le rationnement, suite à la guerre, était encore très présent. Il était pratiquement impossible d’obtenir les matériaux nécessaires pour construire un bâtiment. De par son statut de vétéran militaire, papa avait quelques facilités pour obtenir ce dont il avait besoin. Il lui fallu rouler des centaines de miles pour se fournir en matériaux de construction. Heureusement, papa était un très bon charpentier et avait des talents d’architecte et finalement parvient à construire le bâtiment de son garage Chevrolet, tel qu’il est toujours aujourd’hui.

Papa a ainsi travaillé en partenariat avec mon oncle pendant deux ans, jusqu’à ce que celui-ci a été forcé d’arrêter ses activités suite à une grave maladie. Papa a donc repris les parts de l’oncle Ernest et est devenu le seul propriétaire de l’activité.

Lambrecht Chevrolet Company était donc la concession de mes parents, Ray et Mildred Lambrecht avec un seul ouvrier, un mécanicien. Ils se sont occupés du garage pendant 50 années jusqu’à leur retraite en 1996, ils étaient alors âgés de 78 et 75 ans. Mes parents travaillaient six jours par semaine, n’ont pris aucun jour de congé ni même un jour de maladie. Ray et Mildred ont travaillé dur, et mené leur business honnêtement avec beaucoup d’attention pour leurs clients et leur portant l’aide nécessaire lorsqu’ils en avaient besoin.

Papa s’occupait de gérer le garage et surtout les ventes, maman le secondait et l’aidait sur beaucoup d’aspects de l’affaire. Elle s’occupait de l’accueil, de la comptabilité et faisait le nécessaire pour les livraisons journalières des pièces.
Cette première année, le garage avait vendu 16 nouvelles voitures. Elles étaient toutes noire ou grises avec un intérieur en tissu et sans chauffage. A cette époque, une auto coutait autour de 600 ou 800 dollars. Nous avions aussi reçu 6 pickups cette année, ils étaient livrés sans benne. Papa s’occupait d’aller chercher le bois et les bennes étaient réalisées chez nous.

Les premiers clients étaient des amis de mon père, d’anciens collègues de l’armée, ils étaient si contents d’acheter une auto chez mon père, qu’ils vantaient les mérites du garage à leurs familles. Le « bouche à oreille  » fonctionnait si bien que les clients venaient de plus en plus loin pour acheter leur voiture chez Lambrecht Chevrolet Company. Papa était un des Top vendeurs du pays, il a été nommé plusieurs fois par GM.

« It will Pay to see Ray »

Ce qui fit le vrai succès de mon père, était sa philosophie de la vente, très différente des autres concessionnaires. Il n’a jamais discuté sur un prix ou essayé de négocier, il donnait simplement le meilleur prix dès le départ. Quand un client potentiel arrivait, papa prenait un crayon et se mis à faire ses calculs et lui donnait un montant. Et c’était le prix définitif de la voiture. Les clients essayaient d’argumenter et de revoir le prix à la baisse, mais père disait alors d’un ton invariable « si vous trouvez un meilleur prix ailleurs pour ce véhicule, alors n’hésitez pas achetez-le ». Bien souvent les clients revenaient. Après avoir fait les calculs comparatifs avec les autres concessionnaires, la conclusion était toujours la même : papa avait fait le meilleur prix dès le départ.

Je me souviens d’un client qui est venu sonner à notre porte un dimanche matin. Il était très nerveux et montrait son agenda rempli de chiffres à mon père. D’un ton très décidé il dit « je veux acheter ce pickup, mais je ne paierai pas un centime de plus que ce montant ». Mon père se pencha sur le carnet du client et dit « très bien, c’est d’accord  ». Père venait de remarquer que le bonhomme, dans sa confusion extrême, offrait un montant supérieur à celui qu’il lui avait proposé au départ. Le pickup fut vendu et tout était bien pour tout le monde.

La règle d’or de mon père était de bien traiter les clients, et spécialement les enfants qui accompagnaient leurs parents. Papa n’hésitait pas à les installer dans une voiture neuve, ou les emmener sous le capot en leur expliquant comment fonctionne la mécanique. Les enfants étaient émerveillés. Dans beaucoup de cas ils sont devenus des fidèles clients lorsqu’ils sont devenus, à leur tour, des adultes se souvenant du traitement spécial qu’ils avaient reçu dans leur jeune âge.

Il est arrivé de vendre des véhicules vers l’étranger. Je me souviens d’un homme venant de Suisse qui avait commandé une nouvelle Corvette blanche de 1969. Il a pris un vol jusqu’ici et nous avons été le chercher à l’aéroport. L’homme était si heureux de sa nouvelle voiture et du prix payé.

Papa adorait vendre des voitures et il en a vendu beaucoup. Il était très attentif aussi à la sécurité pour les passagers et surtout pour les enfants. Il préférait vendre une voiture neuve et sûre plutôt qu’une occasion pas trop rassurante. Et ceci est l’origine de la collection massive des voitures de mon père ! Les voitures écartées étaient garée dans la ferme en dehors de la ville. Les nouveaux modèles invendus étaient aussi stockés, la collection s’agrandissait d’année en année. Il y a beaucoup d’anecdotes autour de ces voitures, papa peut les regarder toutes une par une, et vous raconter l’histoire autour de chaque modèle. Il se rappelle le nom du premier propriétaire de chaque voiture, comme cette Durant de 1928 de l’oncle Louie !

J’ai une Corvette dans mon ADN !

Jeannie et son frère Mark au volant de la Corvette à pédales. "moi je préfère la vraie !" disait la petite fille de 9 ans.

Personnellement, je me souviens de cette Corvette 1953, un cabriolet blanc. J’avais 4 ans et mon frère Mark jouait très souvent avec une Corvette à pédale, la réplique exacte de l’originale. Moi, j’étais beaucoup plus intéressée par la vraie ! Ce dont je me souviens le plus, c’est ma frustration de ne pas pouvoir ouvrir la portière de cette auto. La Corvette 1953 n’avait pas de poignée d’ouverture extérieure, et comme j’étais petite, je devais sauter pour attraper le bord de la portière, me pencher vers l’intérieur pour agripper la clenche intérieure pour débloquer la portière. Parfois j’y arrivais, parfois pas ! Mais c’était un pur bonheur de pouvoir s’asseoir dans cette belle Corvette.

Maman au volant de la Corvette ’59, avec mon petit frère.

Mon amour pour les Chevrolet devait être dans mon ADN. Lors de fêtes de famille, mon père posait la question « quelle est la plus chouette marque de voiture ? » et je répondais en criant bien fort « Chevrolet !! » ce qui fit rire toute l’assemblée.

A mes 16 ans j’ai eu mon permis de conduire, ce fut un jour très exceptionnel. Ma première voiture était une Chevrolet Corvair 1963. Elle était noire avec un intérieur rouge, boîte manuelle 4 vitesses avec un pommeau de vitesses chromé. C’était une voiture d’occasion sur laquelle l’échappement avait été modifié. Quel son fabuleux elle faisait ! Je parcourais toute la ville à son volant, le sourire aux lèvres. Cette auto se trouve toujours dans le garage actuellement.

Voici ma première voiture : une Corvair 1963 ! Un jour exceptionnel, lorsque je l’ai reçue pour mes 16 ans ...

Lorsque nous étions plus grands, mon frère et moi participions à la vie du garage. Papa nous interdisait l’atelier de peur qu’il nous arrive un accident. Notre travail était de nettoyer les nouvelles voitures qui étaient livrées. Dans ces années ’60, toutes les nouvelles Chevrolet arrivaient couvertes d’ une couche de cire opaque pour les protéger du voyage. C’était un fameux travail de nettoyer ces autos et de les passer au polish pour leur donner leur éclat pour le showroom. Enlever la cire des vitres était vraiment difficile, et papa venait souvent m’aider pour terminer le travail.

Lorsque le camion s’arrêtait dans la rue avec les nouvelles voitures, je me souviens que mon frère et moi nous courrions vers la rue pour être les premiers à admirer les nouveaux modèles. On entendait ce gros « klang » des rampes sur le sol pavé, c’était impressionnant de voir descendre les voitures sur les rampes métalliques. La présentation des nouveaux modèles était toujours entourée d’une fête au garage, il y avait des ballons, des calicots, du café des donuts … Tout le monde dans la petite ville venait célébrer l’arrivée des nouveaux modèles Chevrolet.

Lors de la grande ouverture du garage en 1946, il y avait même des vrais éléphants devant le garage avec la marque Chevrolet sur leurs dos.

Tout au long des années, Lambrecht Chevrolet Company a été un petit garage simple, dirigé par papa et maman avec l’aide de leur mécanicien. Dans les années ’80 il a bien fallu faire la transition de la machine à écrire vers l’ordinateur pour les communications avec Chevrolet, mais maman a gardé sa machine à écrire et ses livres de comptes manuscrits. Le livre de comptes de 1946 est toujours resté sur le comptoir, à sa place.

En 1996, après 50 ans de services pour Chevrolet, maman et papa ont pris la décision d’arrêter la concession et ont encore continué simplement les activités sous Lambrecht Auto Company. Papa a maintenant 95 ans et maman en a 92. Papa suit toujours très activement l’évolution automobile et aime beaucoup regarder les nouveaux modèles.

Cette collection des 500 voitures survivantes est une véritable « boîte à merveilles » qui va être ouverte et tout son contenu va être proposé à la vente. L’inventaire annonce beaucoup de nouvelles voitures, aussi des centaines d’autos rares des années ’50 et ’60, des Chevrolet idéales pour restaurations.

Ray et Mildred Lambrecht sont fiers de leur vie et de leur travail ; ils espèrent maintenant que ces véhicules de collection seront source de joie et d’inspiration pour tous les passionnés de belle voitures classiques.

Les 28 & 29 septembre 2013, c’est VanDerBrink Auctions qui aura l’honneur de proposer cette vente aux enchères peu commune de ce patrimoine automobile américain.

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