RENE MILHOUX...L’APRES RECORDS.

Jean Van Der Rest    2003-03-08 00:00:00   


Les 250 pages d’un livre qui reste à écrire suffiraient à peine pour faire revivre les principaux faits de la vie sportive de ce champion d’exception de la première moitié du siècle que nous venons de quitter.
La seconde moitié n’en est pas moins riche, même si les faits sont plus discrets. La presse sportive n’en a pour ainsi dire rien relaté, pour la simple raison que René Milhoux avait décidé de quitter la piste. La piste seulement, pas la moto.

Après plus de 300 victoires et ses records de vitesse pure, respectivement chez Ready, Gillet et FN
(voir nos pages décembre et janvier archivées), nous le retrouvons dans les ateliers de mécanique d’Albert Moorkens, auprès de qui il a traversé les années de guerre. Tous deux font partie de l’armée secrète anversoise et à la libération d’Anvers, René pilotera la moto-sidecar du commandant belge de la place, assurant les liaisons entre les postes de la résistance anversoise, protégeant principalement le port et ses voies d’accès. Il doit à son expérience de la conduite sportive, d’être passé au travers des tirs, depuis les nombreux bastions encore occupés par l’arrière-garde nazie, ainsi qu’en témoigne une photo de presse de septembre 1944, prise à l’entrée du zoo d’Anvers, après une traversée
’’ à fond de caisse’’, du très large boulevard de ceinture tout proche.

De ce fait et de ceux qui vont suivre, René Milhoux ne nous a jamais soufflé mot.

Afin de répondre à tous ceux qui depuis des années l’on perdu de vue et posent les mêmes questions lors des actuelles randonnées, rallyes, rencontres en salons d’ancêtres et autres bourses de motos anciennes et actuelles, nous avons rencontré pour vous, ceux qui l’ont côtoyé de près, dans sa deuxième vie.
Celle d’après ses 39 ans qu’il avait, à la libération d’Anvers.

Que ses amis et ceux qui l’ont connu se rassurent, au moment où nous écrivons ces lignes, René va tranquillement vers ses 98 ans et a rejoint son fils André et sa petite famille sous le soleil du midi.

MAIS D’ABORD...

C’est Jacques Ickx (père) qui présente René Milhoux à Albert Moorkens peu avant guerre. Jacques, journaliste sportif, fervent de motos, introduisit et développa le moto-cross en Belgique. Albert Moorkens dirigeait alors une entreprise de montage et d’entretien de motos et cycles. Devinez donc ce qui constituait le principal sujet des conversations lors de leurs rencontres ? Albert Moorkens et René Milhoux ne tardèrent pas à rouler en cross, alors que Jacques dans "Les Sports" du lendemain détaillait la course (s’il n’y avait pas participé lui-même) et contait leurs exploits parmi lesquels nous avons retrouvé celui-ci
Résumé : Les 24 h. de Schaerbeek de l’immédiat après-guerre, n’était pas une course en ville. Les concurrents motos et side-cars avaient à tenir 24 h. et les gagner, après avoir rallié diverses cités lointaines, comme Houffalize cette année là. Le temps fut exécrable. Pluies de jour et neige de nuit.

En catégorie side-car, René Milhoux et Albert Moorkens s’échangeaient guidon et side . A l’exception de la ligne droite, l’homme du side ’’pousse à gauche et tire à droite’’ afin d’éviter au maximum le ralentissement en courbes. Au 2/3 de la course, l’équipage avait pris la tête. Il fallait foncer encore pour l’assurer, afin de garantir la victoire. Lequel des deux fit alors la faute, ils en ont gardé le secret. Toujours est-il qu’en plein virage, le duo sauta la butte. Culbute, arrêt fixe, pas de casse mécanique, mais Albert Moorkens venait de se déboîter l’épaule. René décide : stop, on arrête c’est trop risqué de poursuivre étant blessé ! La réponse craqua comme un coup d’accélérateur : on fonce, répondit Albert.

Six heures plus tard en gagnant les 24 h., le duo de la course allait devenir une paire d’amis et former un pool de direction en affaires. Albert Moorkens et son frère Gérard à la gestion, René Milhoux à la technique. Direction technique qu’il assuma au montage des BSA, ARIEL et VINCENT HRD importées par Moorkens. Mais le pays manquant de devises, l’importation des pièces en provenance d’Angleterre était contingentée. Qu’à cela ne tienne, en attendant que la situation s’améliore, René et son fils André vont créer une moto légère (125 cc ), baptisée CYCLON, qui sera également montée dans les ateliers Moorkens. Ateliers que visitent délégations et dealers sous la conduite documentaire de René.


Le week-end, Milhoux assurait la bonne tenue technique des machines en compétitions jusqu’en bordure des pistes. La semaine, il veillait à la bonne mise au point des séries que l’on n’appelait pas encore de ’’tourisme’’, puisque leur utilisation principale dans ces années 50, consistait le plus souvent à couvrir quotidiennement la distance que l’acheteur avait à assurer, entre son domicile et son lieu de travail.

4 ROUES

Lentement mais progressivement, l’automobile va prendre des parts de marché aux 2 roues.
En 1959, René est à la direction technique des chaînes de montage BMW mises en place par Moorkens à Kontich. Il y documente notre prince Albert.
C’est René qui remettra symboliquement à Mrs Moorkens, les clefs de la 10.000ème BMW sortant de la chaîne belge

Automobiles d’abord, camions ensuite, pendant les 14 années qui suivirent, 90.000 unités sortiront des chaînes de montage que René avait conçues. Elles seront plus tard, revendues à V.W. Portugal.

1959 + 14 et nous sommes en 1973. Pour René Milhoux c’est le droit à la retraite. Entrée en retraite, inaugurée par une fête au cours de laquelle le traditionnel cadeau d’adieu lui a été remis……sous les rires de l’assemblée.
Surprise : une moto.

Mais cet adieu ne sera qu’un au revoir.
C’était sans tenir compte de la dose de tonicité que l’homme avait dans les veines.
La retraite à 68 ans : non, merci ! Cesser, arrêter : impossible !
Aussi, chaque fois que le staff aura besoin de son aide, de ses conseils René sera là.

C’est ainsi que 28 années plus tard, en 1995, il sera présent à la sortie du millième camion Canter de MITSUBISHI, descendant des chaînes de montage de Moorkens-Belgium.
Ce diable d’homme aura traversé le siècle, passionné par la mécanique. "Par la moto d’abord, l’automobile ensuite et le poids lourd pour conclure, il était intéressé par tout ce qui roule, à la seule condition, que l’engin soit mû par un moteur". C’est en ces termes que Jean Albert Moorkens
résumait le passé professionnel de René, à l’occasion de son 80ème anniversaire. Et le "speach" dont le texte intégral nous est parvenu 18 ans plus tard, se termine par ces mots : "Je lève mon verre à votre santé en formulant le souhait que nous tous, ayons l’occasion de fêter encore beaucoup d’anniversaires ensemble."

En 1985, il ne pensait pas si bien dire. Le 5 juillet 2003, René Milhoux fêtera son 98ème anniversaire en famille, sous le soleil, dans le midi de la France.

à bientôt Mr. René Milhoux !

Dernière minute. Samedi soir, 1er février, 18 h. Au moment de préparer l’introduction sur le net, de ce qui précède, une dernière précision nous était nécessaire. Nous avons appelé la famille Milhoux.
Heureusement, Mme André Milhoux a su nous répondre car...(dixit) "ces Messieurs étaient partis se promener à pieds, en bord de mer..."


Vous avez dit 98 ans ? Oui Monsieur !

Flash-back photographique.

Août 1980, Milhoux a 75 ans. Au guidon d’une 450 SUZUKI, il part pour la côte d’Azur, faisant équipe avec Jean Albert Moorkens. Ce seront les gorges du Verdon, l’Abbaye de Cluny et plus au sud,
La Garde Freinet, Grimaud, La Croix Valmer et retour. 2.950 kms.
Malgré une attaque de guêpes à l’approche de Cluny et quelques problèmes avec le contacteur grippé du fusible principal de sa moto :"Voyage inoubliable", sera son commentaire de fin de parcours.

1982. Deux ans plus tard, il remet ça ! Avec son même co-équipier, mais cette fois jusqu’en Espagne,

en passant par le Tourmalet,

en privilégiant les routes départementales et ses paysages imprenables.

Mais comme chacun sait, les kilomètres cela creuse. Et, quand "grand’mère" est au fourneau… !

100 km plus loin, c’est à l’écoute d’une autre grand’mère que René subit l’incident. Tout d’abord sans s’en rendre compte. Pris par le récit de la dame et charmé par l’accent de là-bas qui lui chantait à l’oreille, c’est à la chaleur anormalement humide de ses deux pieds, qu’il réalisa que le toutou de la dame terminait de lui rendre hommage en se satisfaisant sur ce qu’il avait de plus vertical à proximité immédiate : les jambes de René.
Soignant le mal par le mal, c’est par de grands jets que René élimina le petit pipi du toutou.

A la suite de quoi, il convenait de reprendre la route vers l’Espagne, jusqu’à l’Escala.
C’est là que Jean Albert Moorkens et René venaient retrouver un de leurs anciens cadres de l’usine de Kontich, retraité lui aussi, converti dans la restauration. C’était le 5 juillet 1982, René Milhoux y fêta ses 77 ans. Olé !

Toutes les bonnes choses ayant une fin, direction nord pour le retour par d’autres chemins que ceux de l’aller. Avec un arrêt motos en fin de journée chaude, pour un rafraîchissement - cette fois ci - plus classique, de pieds de motard.

"Ce qui est dommage dans un voyage itinérant, c’est qu’il faut toujours quitter un paradis dont on a
à peine entrouvert la porte" est une annotation que nous avons retrouvée au dos d’une photo de ce voyage.

Ce paradis du sud, René Milhoux va en reprendre le chemin en 1990. Pour des vacances, en moto !
C’est au débouché d’une petite départementale, qu’il fut décidé de faire le plein à l’unique pompe-bistro-tabac rencontrée depuis près de 50 kms. Tout le bourg semble y être réuni par cet après-midi ou seul le soleil travaille, à chauffer le raisin. Milhoux fait le plein à la pompe (à bras oscillant) et Jean Albert attend son tour. Des motos avec une plaque B…et le dialogue s’engage avec le patron du bistro qui vient de se déplacer pour servir ces étrangers. C’est loin la Belgique ! Surtout pour ceux de ces campagnes retirées dont le plus long déplacement fut celui obligé, pour rejoindre la garnison militaire. Et d’Anvers, oh là ! Et quel âge vous avez ?
Moi ça va répond Jean Albert en baissant la voix, mais mon ami à 85 ans !
Le temps de raccrocher le pistolet-serveur, de se diriger vers le rideau de perles en hurlant "hé, les gars venez voir. Le gars là-bas, a 85 ans et il vient de Belgique en moto"...et en dix secondes, la vingtaine de clients entourait René qui quelques minutes plus tard, prit son départ au milieu d’une haie d’honneur, sous les applaudissements. Et Jean Albert Moorkens de conclure : ’’Bien avant la courbe à plus de 100 mètres, dans mon rétroviseur, je voyais ces braves gens agitant encore les bras en signe de chaleureux adieux".
Témoignage si besoin était, qu’il n’y a pas que le soleil qui réchauffe le cœur dans la vie.

1993 Toujours bien entouré.

1998 A Wieze, interviewé par une jeune journaliste.

La même année sur le circuit de Chimay, il assiste au départ des 250 cc d’avant 1960. C’est là que se situe l’anecdote de l’escalier de la tour de contrôle et celle de la cafétaria.
Entouré d’admirateurs et de comitards, l’un de ceux-ci lui propose l’aide de son bras avant d’escalader les 27 marches bétonnées, du haut desquelles il pourra assister au départ des courses. Fixant le brave responsable, avec le même sourire que pour ses amis, René répondit : "je vous remercie,
ça ira" et sans poser les deux pieds sur la même marche, elles y passèrent toutes.
Oui, à 93 ans Madame !
Au vin d’honneur qui l’attendait et à la question"que prendrez-vous Monsieur Milhoux"...réponse :"une Chimay". C’est l’intervention discrète d’André Milhoux auprès du service, qui transforma la commande de son père en un Rombouts décaféiné.

Des "Gillet" d’époques étant aux départs, il était normal qu’ Yves Campion croise celui qui avait si glorieusement représenté la marque. De son côté, Philippe Godin (Monsieur side-car), n’aurait pour rien au monde, manqué le rendez-vous de Chimay.


2000. C’est l’année de la réaffectation de l’usine Saroléa, la Doyenne des marques belges et dernière usine intacte de notre passé motocycliste. Plus de 1500 personnes, parmi lesquelles près de 300 anciens membres et cadres du personnel des 3 marques herstaliennes (Saroléa, FN, Gillet) assistaient à la réouverture des lieux. Pour le lunch programmé, les responsables se sont vus dans l’obligation d’enlever littéralement René Milhoux, à tous ceux qui voulaient lui parler, lui rappeler, le photographier ou simplement le voir.
C’est ce jour là, qu’est née l’idée de consacrer le futur grand espace de conférences de l’usine, à la mémoire de cet homme exceptionnel.

En 2002, en présence de personnalités du monde social, culturel, sportif et politique, André Milhoux découvrit la plaque commémorative inaugurant l’Espace René Milhoux, marquant ainsi de son vivant et de manière mémorable, un des hauts lieux de l’industrie motocycliste belge du siècle passé.

Jean VAN DER REST

Photos FAR et collections privées

Lire aussi :

- René Milhoux, + de 300 victoires moto

- René Milhoux, recordman des records

4 Messages

  • bonjour,j’ai decouvert par hasard votre travail sur le monde de la moto pourriez vous m’identifiez ce motard,merci d’avance.

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    • > RENE MILHOUX...L’APRES RECORDS. 23 juillet 2004 23:22

      S’il s’agit de l’article que vous venez de lire : René Milhoux.
      Pour en savoir + voyez les 2 articles précédents dans ce même automag.
      Bonne lecture.
      SCOOP : 2005 sera une année commémorative René Milhoux.
      Infos sur motomag en novembre 2004.

      J. vdr

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  • > RENE MILHOUX...L’APRES RECORDS.

    20 décembre 2006 18:02, par jean winand

    j ai en ma posescion une trophee de jan tuerlinxks trophee de la resistance um en bronze je cherche achteur
    trophee signe par r massart
    produit par l atelier busato paris
    motard en bronze annee 1930

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  • RENE MILHOUX...L’APRES RECORDS.

    1er juillet 2017 14:12, par Andy Andexer

    Hello, I recherche for a book abt. BMW Cars of the 60/70ies - esp. the CKD produktion at moorkes and the special modell "2002 Maxi". Do you have in the archive of Rene Millhoux (who responsable for the maxi) perhaps details and/or fotos.
    thanks in advance Andy Andexer

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