Une Corvette Stingray vraiment pas comme les autres !

Dimitri Haulet, Philippe Haulet    2018-11-09 14:49:50   

Par un dimanche ensoleillé, le parc d’Avroy accueille les ancêtres de l’A.P.A.M. Que de souvenirs exposés fièrement !


Une voiture capte notre attention et nous rencontrons les propriétaires... 


Yvette rencontre Leslie !

Leslie : "Oooh Yvette, je la connais depuis très longtemps, mais vraiment très longtemps !"
Et voilà que notre homme évoque ses souvenirs...

Nos grands-parents maternels sont amis et vivent dans la même rue du village. Ils ont chacun une fille, Andrée (la maman de Leslie) et Joséphine (la maman d’Yvette).

En 1944, Chester, un soldat U.S., est au repos dans l’école de la commune avant de remonter au front. Andrée est traductrice pour les Américains, et la rencontre avec le soldat américain devient un coup de foudre.

La guerre terminée, Andrée et Chester se marient en janvier 1946. Ils sont de retour à Chicago pour ma naissance en 1947.

Mon père, Chester, est militaire de carrière, et est envoyé en Corée en 1952.

Après avoir connu la Seconde Guerre Mondiale en Europe, et notamment chez nous à Bastogne, il craint pour lui et demande à maman de rentrer en Belgique avec moi.

Deux ans et demi plus tard, il revient en Europe et prend sa retraite. Nous vivons à Ans pendant quelque temps. C’est ainsi que je cours les rues à Ans avec les enfants de l’épicier, la famille d’Yvette.

En 1954, nous rentrons aux Etats-Unis. Mon père promet à mes grands-parents que je passerai les étés chez eux. Aux States, je poursuis des études de mécanique automobile et je travaille dans un garage Pontiac pendant des années.

En 1968, lors de la guerre du Vietnam, je décide de me porter volontaire à la grande fierté de mon papa. Je pars pour trois ans. Je suis une formation de 9 mois en mécanique et devient "combat engineer".

Pour mon affectation, je veux choisir le Vietnam. Mon père me le déconseille. Je pense à Yvette et j’opte pour l’Allemagne, à Francfort.

Mais bien vite, mon enrôlement pour le Vietnam me rattrape. Avant de partir, je demande la main d’Yvette à ses parents. En 1969, nous sommes fiancés et j’arrive au Vietnam en 1970.

A mon retour du Vietnam, je constate que le monde a bien changé et que les soldats ne sont pas bien accueillis à la maison. Yvette et moi correspondons par lettre, rarement par téléphone, c’était beaucoup trop cher.

Je suis sans travail et je peine à en trouver. Je retourne vivre chez mes parents. J’aide mon père dans le bâtiment. Je souffre de cette situation, j’abandonne les contacts avec Yvette et me réfugie dans l’alcool.

Et un jour, Yvette m’écrit pour annoncer la rupture de nos fiançailles. Chacun connaîtra sa propre vie. Yvette se marie, a deux enfants et son mari décède en 2001. Je travaillais alors pour American Airlines.

Moi de mon côté, je recherche les filles qui, physiquement, ressemblent à Yvette. A 40 ans, je considère qu’il est temps de me marier. Mais c’est un échec.

Bien plus tard, le cousin d’Yvette envisage de travailler aux Etats-Unis pour y vendre "la gaufre de Liège". Il s’adresse à moi et me rencontre pour faciliter les démarches.

Quand ce cousin revoit Yvette, il lui fait part de l’intérêt que je lui porte encore. Ainsi, le 28 novembre 2003, elle me téléphone ! Au début, je suis sceptique et crains une blague du cousin. Je réclame des photos et admets finalement que c’est MON Yvette.

Après 35 ans de séparation, nous nous retrouvons comme si nous nous étions quittés la veille. C’est de nouveau une période d’allers-retours Belgique-Etats-Unis jusqu’en 2004, quand Yvette s’installe chez moi à Chicago où nous vivons jusqu’à la mort de ma maman.

Nous vendons la maison de Chicago et achetons un appartement en Floride. Je redemande la main d’Yvette à sa maman et nous nous marions sur la plage en Floride.

Malheureusement, la mentalité y est différente, les gens égoïstes. De plus, Yvette ne supporte pas la chaleur. Depuis quelques mois, nous sommes de retour en Belgique.

Nous étions faits l’un pour l’autre, plusieurs faits le prouvent, notamment :


  • Sur la photo prise dans la rue lors d’une procession, nous avons deux ans et sommes déjà réunis.
  • A notre rupture de fiançailles, ma maman jette tout ce qui rappelle Yvette. Lors de son décès, nous retrouvons cette photo qui m’a accompagné partout et surtout, au Vietnam.
  • J’avais acheté à Yvette un bijou, gravé avec nos deux prénoms. Quand nous sommes réunis après la séparation de 35 ans, la maman d’Yvette lui rend ce bijou.

Le Vietnam... rencontre avec Elkie, "Papa Son" et un sentiment partagé entre "fierté et gâchis"... 

Si la guerre n’est pas un bon souvenir, j’éprouve de la fierté d’y avoir participé. En principe, je suis sur place pour réparer la mécanique mais je participe quand même aux combats.

La chaleur et la mousson sont difficiles à supporter, la nourriture est passable et j’y fête mes 21 ans !


Quelques anecdotes du Vietnam...

  • Lors d’une patrouille, je rencontre un dispensaire tenu par des religieuses françaises et belges où les lépreux sont soignés. Attiré par le langage que je connais, je lie connaissance et assure un ravitaillement au dispensaire qui manque de tout. Avant mon retour aux E-U, je leur fournis notamment un camion Dodge.
  • Le français est une langue utilisée au Vietnam et ma connaissance de celle-ci me permet d’officier comme traducteur lors des interrogatoires de prisonniers Viet-Cong.
  • Au Vietnam, beaucoup de chiens sont errants. Lors d’un raid du Viet-Cong, nous sommes bombardés et un chien perd une patte. Nous, les gars de ma section, le soignons et le baptisons "Trois Pattes". Ce chien est une femelle qui, quelques semaines plus tard, met bas 6 petits. La dernière chétive est délaissée par la mère.
    Affirmant son bon cœur, la chambrée l’adopte et la baptise Elkie.
Elkie à 2 mois (au Vietnam), à 4 ans et à 10 ans...

Elle a environ 9 ou 10 mois quand elle disparaît. Je crains pour elle car je sais que le chien est un mets apprécié au Vietnam.
Je mène mon enquête et apprends qu’un restaurateur recherche des chiens. J’y vais et entends le petit aboiement qui la caractérise. J’ai dû le menacer de mon arme pour la récupérer.

Janvier 1971 est la fin de mon engagement au Vietnam. J’entreprends les démarches pour envoyer le chien chez moi. Ce n’est pas simple, il me faut un avocat pour obtenir un passeport pour le chien. Je paye 500$ pour le transport et sans avoir prévenu ma maman, le chien arrive à la maison.
Elkie vivra encore 14 années avec nous.

  • Le bâton offert par un Vietnamien, Papa Son, sculpté à la main dans une branche de bambou. Il s ‘appelle "le bâton de Cour" et représente les neuf derniers jours au Vietnam, la tête de dragon, le tout dernier jour. Il permet de faire baver les recrues qui ont encore beaucoup plus à tirer. C’est un cadeau pour l’aide apportée à sa famille.

Dans l’avion qui nous ramène à la maison, le Viet-Cong nous salue aussi en nous mitraillant. Je garde le souvenir d’un énorme gâchis, d’une guerre que nous ne comprenions pas.

Je remercie Dieu d’être revenu, sans dommages physiques. Si je ne touche pas à la drogue, après quelques mois au Vietnam, moi qui ne buvais pas, je siffle ma bouteille de Jack à 3$ par jour.

La Corvette Stingray... "prends la verte !" 

Chevrolet Corvette.

Je l’achète neuve en 1975 et j’en suis toujours le "premier propriétaire". Voici l’histoire de la Corvette Verte...

Original Owner.

A mon retour du Vietnam, je veux acheter une Corvette. C’est le rêve de tous les jeunes de cette époque. Mais elle est chère, 8100$, le prix de 2 Chevrolet.

J’achète donc une Dodge Challenger, très rapide, sans radio, sans air conditionné, sans direction assistée. Avec elle, je participe à des duels, comme James Dean... et je gagne souvent !


Quelques années plus tard, je vais chez un concessionnaire avec ma maman. Je lui montre la Corvette Stingray qui m’intéresse, une belle rouge... ou bien la noire !

Elle remarque la verte et me dit : « Celle-là ». Nous y retournons trois fois et insiste : « Choisis la verte. Un jour, elle prendra de la valeur ».


Chevrolet a produit 1634 Corvette vertes, 534 avec l’intérieur comme le mien. Le constructeur arrête cette couleur en juillet 1975 car il y a trop peu de ventes.

L’orange et la jaune plaisent, pas la verte. Je pense à repeindre la Corvette mais maman s’y oppose. Pendant 2 à 3 ans, je roule régulièrement avec ma Corvette.

Mais je prends conscience de la valeur de ma voiture en participant à quelques concours, des concours régionaux et puis nationaux où la voiture est vraiment inspectée de tous côtés.

Je comprends qu’il vaut mieux rouler tous les jours avec une autre voiture et préserver la Corvette. Elle dort dans un garage et je me rends au travail avec ma voiture d’occasion.

Le village de Bloomington organise annuellement un rassemblement de Corvette, plusieurs milliers du monde entier, par catégorie selon l’âge.

Bloomington.

L’examen est complet, la voiture doit être entièrement d’origine, tous les numéros de châssis, moteur, boîte, … sont contrôlés. Pour ma première participation, je reçois le troisième prix.

L’an suivant, je prépare encore mieux la voiture et reçois le deuxième prix. Un commissaire m’avertit que ma voiture avec ses échappements et des joints chromés ne sera jamais première.


La couleur est vraiment particulière. Les modèles de 1975 sont les derniers avec "Stingray" ainsi écrit.


Par la suite, les prix augmentent et la qualité baisse. Ce sont des mauvaises années pour la Chevrolet Corvette. Il faut attendre les années ’90 et l’usine au Kentucky pour retrouver la qualité d’avant.

Le Pick-up Chevrolet de 1992, modèle C/K 1500.


Je l’achète neuf aux E-U., il coûte 26000$. Je précise au vendeur que je ne paye pas plus que 20000$. En voyant mon tee-shirt évoquant le Vietnam, il baisse son prix à 19000$.

Quand Yvette a un accident, il est condamné par l’assurance mais je veux le réparer. Je trouve un "deal" avec la carrossier et je transforme mon pick-up.

Je change la couleur et choisis un rouge Corvette de 1998. Le travail du carrossier est magnifique. Je change les roues, baisse la suspension, place une transmission automatique, modifie l’échappement, prépare le moteur et place un toit sur le plateau.

Voilà mon autre bijou.


Que dire encore ?

Une belle histoire au sujet des véhicules et une aventure humaine particulière pour deux personnes de qui les chemins se sont croisés, séparés et recroisés...

Dimitri et Philippe Haulet.

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