Balade autour des 6heures. Petites folies et grands plaisirs…

Raymond Collignon    2025-10-21 10:47:45   

SPA SIX HOURS 2025 vu par Raymond Collignon.

Petites folies et grands plaisirs...


Colin Chapman à Francorchamps, avec le raidillon (ancien) en arrière-plan « Light is Right » ! © Collection privée R.Collignon.

Quel plaisir à nouveau de nous retrouver le long du plus beau circuit du monde pour cette course où d’étonnantes petites voitures dament le pion aux monstres les plus puissants sans que cela ne soit dans une course à handicap réglementé … simplement en se basant sur un principe, déjà cher à Colin Chapman : « light is Right ! » .

Comment des voitures légères, bien profilées peuvent-elles au bout d’une course de six heures, sur un circuit rapide à longues courbes, loin d’un tourniquet à multi chicanes, damer le pion à des Ford GT40, Jaguar type E, AC Cobra, Ford Mustang ou autres monstres à gros V8 vitaminés ?

La réponse est simple. De bons pilotes sur des voitures poids plume, peu gourmandes en carburant, agiles félines, arrivent en s’arrêtant moins, en usant moins de frein et de pneu, à taquiner jusqu’au bout ces spectaculaires sport protos d’avant 1965 , juste en appliquant le principe de Colin le génie de Lotus !

Encore cette année il s’en est fallu de peu qu’une Ginetta G4, à petit moteur 1600 TwinCam, ne gagne devant une GT40 de près de 5 litres de cylindrée !

Les Lotus Elan réussissent le même exploit mais cette fois, la Ginetta a montré encore un autre exemple plus évident de vrai exploit !

Autre exemple, la Marcos des Bordet avec son moteur Volvo culbuté à nouveau classée dans un troupeau de grosses cylindrées GT40, Mustang, etc... Excusez du peu !

Le moteur LOTUS/BRM, un super moteur homologué en petite série dans les LOTUS ELAN. Terriblement efficace !

Les Pace cars, reines des six heures…

Dès le départ de la course la meute de GT40 a pris les devants, quel merveilleux spectacle que de les voir en un chapelet hurlant s’enfiler le raidillon qui reste définitivement un virage exceptionnel, le plus beau du monde, même modifié comme il est maintenant par rapport à l’ancien qui tournait encore plus.

La meute au départ. Les GT40 attaquent, c’est finalement la n°7 qui va gagner. En y regardant de plus près la Ginetta n°2 est déjà à l’affût ! © Jacques Breuer

Malheureusement dès le sixième tour, la première pace car est sortie.

Les sorties de route sont nombreuses et, rapidement les interventions des voitures de sécurité sont nécessaires.

Une lourde voiture dans les bacs à sable, c’est long à sortir malgré tous les efforts de ces bénévoles formidables que sont les commissaires de piste !

Finalement la course de six heures sera ainsi amputée d’une bonne moitié des tours possibles…

Attaque de la Source, les V8 sont à la fête ! © Jacques Breuer

Tout le monde comprend que la sécurité des pilotes et des commissaires prime mais, c’est dommage que la moitié d’une course soit finalement courue à … 80 km/h de moyenne…

D’autres héros sont aussi en action dans ce type de course, les mécaniciens s’affairent : changement de frein, réparations de carrosserie suite aux touchettes, interventions mécaniques importantes, là aussi c’est au stand que se gagne la course.

Mécaniciens héros…

Exemple de ce courage et de cette opiniâtreté vécue en direct.

Au stand des Kupka chez « mec-auto » il s’occupaient cette année d‘une très belle Shelby Cobra de la famille Greenhalgh, des habitués de ce type de course, excellents gentlemen drivers typés.

Dès le jeudi, une grosse touchette dans le « pif paf » avait endommagé la voiture nécessitant une bonne réparation de la carrosserie et de la mécanique avec envois urgents de pièces venant d’Angleterre… après un long travail la voiture, bien droite et bien maquillée, était finalement au départ !

Après un bon départ, la belle Cobra menée calmement est classée dans la meilleure meute. Elle casse malheureusement sa boîte de vitesses au rétrogradage des combes. Robin, le plus jeune des pilotes, étant au volant y allait un peu fort…

La boîte bloquée en quatrième, Robin, déçu, arrive quand même tant bien que mal à ramener la Cobra au stand.

Le stand MEC AUTO au travail. La Cobra signée par tous les mécanos de MEC AUTO après son accident des essais.

Les mécaniciens se précipitent ! Malheureusement le diagnostic est sans appel : boîte bloquée il faut l’ouvrir !

Heureusement l’équipe a une boîte de rechange, pas tout à fait la même mais, on va tenter l’échange après ouverture … un gros travail !

Les mécanos désassemblent les deux boîtes et récupèrent des pièces d’une pour l’autre… Ils remontent le tout après plus d’une heure d’un travail acharné… Miracle, cela a l’air de marcher !

La belle Cobra, pour le fun, repart dans la nuit mais, hélas la réparation improvisée ne tient pas. La voiture s’arrête sur le circuit, elle sera finalement classée très loin et ils auront tout essayé pour terminer la course !

Cet exemple, un parmi tant d’autres, raconte une belle histoire humaine.

Bravo aux mécanos, qu’on perde ou qu’on gagne, c’est toute une équipe qui tire à la même corde pour aller le plus loin possible...

La fin de course dans un mouchoir la GT40 et la Ginetta !

Futur vainqueur au départ ! © Jacques Breuer

C’est quand même une GT40 qui gagne avec deux super pilotes au volant habitués aux victoires FERRAO et STRETTON qui l’emportent dans un mouchoir devant la légère et très rapide Ginetta de PEDERSEN /WEISS/KIAERGAARD seule à terminer dans le même tour que la Ford !

Sans aucun complexe, cette petite bombe aurait pu gagner !

Les temps changent… La première Porsche (avec un vrai deux litres et châssis court) termine très loin.

C’est finalement une Ford Mustang qui l’emporte en tourisme devançant la Ford Falcon pilotée par Vanina Ickx. Dommage vraiment que cette catégorie des « tourisme », tellement glorieuse à la grande époque, ne soit pas plus étoffée !

Attention à ne pas transformer cette course en une épreuve « mono type » gros moteurs ou petites bombinettes légères hors de prix et hyper rapides…

Heureusement on y retrouve encore quelques Alfa Romeo, MGB, Triumph TR4 et autres TVR bien esseulées et probablement désormais trop lentes derrière cette troupe d’élite !

Mustang, Cobra, Jaguar, Lotus Elan, un beau panel dans le Raidillon, le plus beau virage du monde ! © Jacques Breuer

Dommage aussi pour les nombreuses sorties de « pace car » ayant décapité de près de la moitié du temps cette superbe épreuve.

La course automobile reste un sport dangereux, les pilotes le savent mais, trop de sécurité tue le spectacle. Cette vaste querelle des anciens et des modernes ne sera jamais solutionnée, réfléchissons quand même il y a moyen de faire mieux !

La Ginetta dans le même tour que la GT40, sans aucun complexe ! © Bruno Cornet

Texte : Raymond Collignon
Photos : Jacques Breuer, Bruno Cornet, Raymond Collignon

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