En route vers le Grand Nord : Une aventure mécanique et humaine à bord de deux anciennes Volvo

L’automobile classique ne se résume pas à une passion : c’est aussi une philosophie du voyage, un art de vivre, une approche où l’homme et la machine évoluent en parfaite symbiose, bien loin de l’univers trop assisté des véhicules modernes. Et lorsqu’il s’agit d’emmener, en plein hiver, deux Volvo des années soixante jusqu’au Cap Nord, l’exploit devient alors une véritable aventure
À bord d’une PV544 de 1963 et d’une Amazon 122S de 1966, deux équipages de passionnés ont parcouru plus de 7 600 kilomètres, affrontant routes gelées, caprices mécaniques et imprévus.


Le départ : L’appel du Grand Nord

Le 28 février 2024, après des mois de préparations et de réglages mécaniques, une partie de l’expédition prend la route depuis Verviers.

Les derniers ajustements sont faits, les bagages chargés, et l’Amazon 122S se lance avec André et Laurent dans une odyssée nordique où chaque kilomètre parcouru sera une conquête.

Trois jours plus tard, à Sint-Pieters-Leeuw, Serge et Jean montent dans leur PV544 pour rejoindre sa petite sœur en Suède.

Les premiers jours s’enchaînent rapidement, traversant l’Allemagne puis le Danemark.

Le passage sur le pont de l’Øresund est un moment clé du voyage : derrière eux, l’Europe continentale et devant, l’immensité blanche de la Scandinavie.

En Suède, les Volvo entrent dans un univers de plus en plus marqué par la neige et les routes verglacées. Chaque arrêt permet de vérifier les voitures et de surveiller les premiers signes d’usure. La concentration est de mise : un simple écart sur le verglas pourrait compromettre cette aventure vers le Grand Nord.

Plongée dans le sport et la culture suédoise

La Suède est un pays où l’histoire et le sport se mêlent étroitement. À Mora, les voyageurs découvrent un événement emblématique : la centième édition du Vasaloppet, une course de ski de fond de 90 kilomètres, qui a rassemblé cette année là près de 15 800 participants. En comptant les courses annexes, ce sont près de 50 000 compétiteurs qui prennent part à cette épreuve mythique.

Mais le Vasaloppet est bien plus qu’une simple compétition. Son origine remonte à 1521, lorsque Gustave Eriksson Vasa, régent du royaume et futur roi de Suède, fuit les troupes de Christian II de Danemark. Après avoir atteint Sälen, il revient à Mora, où il obtient le soutien des habitants pour mener un soulèvement contre l’occupant danois.

En 1922, cet épisode historique inspire la création de cette course mythique, qui devient rapidement une institution sportive en Suède.

Parmi les participants, André s’élance sur les pistes glacées, affrontant la fatigue et le froid avec détermination. L’ambiance est électrisante : applaudissements, visages exténués et éclats de voix rythment l’arrivée des skieurs, chacun cherchant ses limites pour franchir la ligne d’arrivée.

Inspirés par cette tradition nordique éprouvante, nos voyageurs reprennent la route vers le Grand Nord, emportant avec eux le souvenir d’un exploit humain hors du commun.

En cliquant ici, vous retrouverez le reportage de la RTBF relatif à la 100éme édition de la Vasaloppet.

Après cette épreuve, André est chaleureusement applaudi par l’équipage de la PV 544 qui vient juste d’arriver à Mora (rien avoir avec la moutarde...)

Les défis mécaniques : entre improvisation et réparations majeures

Mais la mécanique, elle, ne tarde pas à réclamer son tribut. Les Volvo, aussi robustes soient-elles, subissent aussi l’usure et les contraintes des routes gelées.
Dès l’Allemagne, le petit ressort de rappel du carburateur de l’Amazon cède. Un petit coup de pince, un crochet improvisé, et la voiture repart sans perdre de temps.
Mais hélas, ce ne sera pas le seul incident technique de cette croisière blanche...

Toute voiture ancienne peut révéler ses caprices, et ce voyage met donc à l’épreuve l’ingéniosité des chauffeurs.

En Suède, le chauffage de la PV544 tombe en panne. Avec des températures négatives, les passagers doivent supporter un froid mordant jusqu’à ce que Serge décèle le problème et le corrige pour rétablir enfin la chaleur.

Mais le plus gros défi mécanique survient à Umeå : l’Amazon 122S doit subir un remplacement de son collecteur d’admission.

Après avoir constaté une perte de puissance, André détecte deux fissures au niveau des attaches du collecteur au bloc moteur. Au fil du temps, cette perte de puissance s’aggrave, et le collecteur d’admission présente désormais deux épaisses fêlures provoquant une perte d’étanchéité manifeste.

Cette détérioration entraîne inévitablement une mauvaise alimentation du moteur, des pertes de puissance et une combustion irrégulière qui, souvent trop pauvre, risque de griller les soupapes. Il faut donc procéder à son remplacement.

Une intervention délicate, effectuée de main de maître par Serge en pleine nature et sous une météo glaciale, mais qui permet à l’Amazon 122S de repartir pour les milliers de kilomètres restants.

Parallèlement, le porte-bagages de la PV544 doit être réajusté pour améliorer la fixation des équipements, et une planche est installée sur le toit pour optimiser le chargement.

L’avancée vers le Grand Nord : entre frissons et émerveillement

La route continue vers le cercle polaire, où le paysage devient encore plus majestueux, mais aussi plus intimidant. Les Volvo affrontent les passages verglacés avec ténacité. Constamment, les conducteurs doivent maîtriser leur trajectoire sur des surfaces imprévisibles, où la moindre erreur pourrait envoyer les voitures dans le décor.

L’une des étapes les plus marquantes reste la traversée d’un lac gelé. Une première tentative avortée fait hésiter les équipages, qui préfèrent reculer prudemment plutôt que prendre des risques inconsidérés.

Mais le défi est trop séduisant, et après une nouvelle évaluation des conditions, les deux Volvo se lancent et parviennent à franchir le lac ! Ce fut un moment de pure exaltation !

Les rencontres inattendues pimentent également le périple. Lors d’un détour imprévu, nos Belges tombent sur un Suédois au caractère bien trempé, apparemment insensible au froid régnant. Il faut briser la glace, car son accueil est d’abord assez glacial.

Mais le dégel arrive bien vite lorsqu’il montre son garage où dort une Volvo Amazon admirablement restaurée en compagnie d’une BMW survitaminée de 600 chevaux.

Une conversation animée s’ensuit, avec à la clé une démonstration de puissance moteur. Ce partage de passions automobiles démontre que les vrais amateurs de mécanique se comprennent parfaitement sans pour cela parler la même langue...

La dernière ligne droite : un voyage à travers les terres nordiques

Après des milliers de kilomètres parcourus, les Volvo poursuivent leur avancée vers le Cap Nord. La route serpente entre forêts majestueuses et d’immenses plaines enneigées, offrant des spectacles à couper le souffle.

Depuis la Suède, les voitures bifurquent vers la Finlande, où les paysages s'étendent en vastes étendues blanches, ponctuées de villages isolés et de rennes traversant la route sans crier gare.

Les étapes sont marquées par des pauses nécessaires pour réchauffer les moteurs et reprendre des forces. Chaque pays traversé dévoile une facette unique de la Scandinavie : le dynamisme des villes suédoises, la sérénité des routes finlandaises et enfin, l’austérité sauvage du nord de la Norvège où il faut bivouaquer la nuit par des température nettement négatives.

Les températures deviennent extrêmes, atteignant des valeurs où même les plus résistants commencent à sentir le froid s’infiltrer sous leurs vêtements. Puis, arrive le passage au Cercle Polaire à N 66° 33' 42" là où il existe au moins une journée où notre soleil ne se lève pas en hiver, et ne se couche pas en été.

Mais les Volvo, conçues dès l’origine pour ces conditions climatiques extrêmes, tiennent bon, surmontant verglas et vents glacés avec détermination.

Puis, enfin, le panneau indicatif apparaît : Cap Nord. Encore quelques centaines de mètres, et l’objectif tant espéré est atteint.

La consécration au Cap Nord : un moment hors du temps

Dans un silence presque sacré, les deux Volvo achèvent leur périple. Les dernières lignes droites s’étirent quelquefois sous le blizzard, quelquefois sous un ciel d’un bleu cristallin.

La nuit tombe tôt et les phares illuminent une route désertique sublimée par de splendides aurores boréales où seul le bruit du moteur rappelle l’odyssée.

Là, au sommet de l’Europe, les deux équipages descendent des voitures et contemplent l’horizon. Pas de foule, pas de tumulte, seulement la mer sombre s’étendant à perte de vue, bordée de falaises glacées. C’est un instant suspendu dans le temps, où chacun savoure l’achèvement de cette aventure incroyable.

Des embrassades, des éclats de rire et une photo souvenir viennent immortaliser ce moment. Pas besoin de discours, l’émotion parle d’elle-même. Derrière eux, des milliers de kilomètres parcourus ; devant, une mer infinie.
Et au fond de chacun, la certitude que ce voyage restera gravé comme une expérience unique, où la passion et l’audace ont triomphé du froid et des imprévus.

Conclusion : Une aventure qui dépasse la route

Ce périple vers le Cap Nord n’était pas qu’un défi automobile, mais une immersion complète dans l’art du voyage. Loin des commodités modernes, ce projet a été une ode à la mécanique traditionnelle et à son authenticité, mais aussi à la résilience des équipages face aux imprévus. Il a été une démonstration de passion, de persévérance et d’ingéniosité, où l’homme et la machine ont avancé ensemble face aux défis du froid et des routes glacées.

Malgré leur âge, les Volvo ont prouvé leur robustesse et leurs chauffeurs une endurance sans faille. Chaque kilomètre parcouru a renforcé cet esprit d’équipe et l’amour de cette croisière blanche...

Mais cette aventure ne s’arrête pas là. Les deux équipages ont déjà prévu de repartir en 2026, prêts à revivre l’expérience et à repousser encore plus loin les limites de leurs véhicules et de leur propre résilience.
Cette prochaine expédition sera l’occasion d’affiner les préparatifs, d’améliorer certains aspects techniques et, surtout, de retrouver cette sensation unique de liberté sur les superbes routes du Grand Nord.

Alors que les moteurs refroidissent et que les souvenirs s’ancrent dans les esprits, une certitude demeure : la route appelle toujours et se réinvente à chaque kilomètre parcouru.
L’histoire de ces deux Volvo ne fait que continuer. 🚗❄️

NB  : Si vous vous sentez d'attaque pour la prochaine édition de ces aventures nordiques, n'hésitez pas à contacter André. Il pourrait même vous louer une Volvo Amazon si vous ne possédez qu'une 2CV Méhari..wink