TOTO ET TUTUR AU PAYS DES SCHNITZELS !

Bob d’Automag    2025-04-13 17:34:09   


NDLR : Une belle suite de l’article écrit par Bernard VERSTRAETE sur le BOSTALSEE REGULARITY 2025, qu’il a remporté avec Baptiste GENGOUX. Voici donc, l’aventure vécue de l’intérieur par Thomas Cols, probablement le plus poète des copilotes que la discipline n’aie jamais compté ! (Et dire que tout est vrai 🙄).


TOTO ET TUTUR AU PAYS DES SCHNITZELS... Ou comment on a quasi réussi à momifier une bavaroise de 53 ans le week-end dernier. Une 2002 Tii, je vous rassure.

La famille Vinette ne m’en veut apparemment pas trop d’avoir fait visiter l’Atlantide à leur BMW dans des flaques monstrueuses lors du dernier Nationale 4 Classic.
C’est en effet Boris qui, en début d’année, me suggère de rouler avec son fils Arthur à la deuxième édition du Bostalsee Regularity, l’impeccable nouveau rallye du renommé Marc Stoll se déroulant dans la région de Trèves.
On peut raisonnablement espérer y accomplir de belles choses, surtout sans Baptiste, qui envisage de rouler avec Bernard au Trimard Classic le même week-end.
Enfin un peu d’air !

Deux jours plus tard : "Allo, Bernard. Comment ça va ? Comment ça, vous venez au Bostalsee ?".
Prétextant une sombre histoire de financement, Mediapart a depuis démontré que leur unique motivation était un décalage vers le bas de mon nom au classement.
Opération brillament et imparablement menée à bien, il faut le dire.
Baptiste ayant retrouvé sa cape d’invincibilité égarée dans les cantons de l’Est aux Classic Spring Roads, on ne pouvait que le suivre à la longue vue.
Cependant, nos deux tristes sires n’ont pas encore réalisé que le Bostalsee Regularity compte pour un championnat bien particulier, où les gros points engrangés ce week-end nous donnent déjà une confortable avance en vue du titre 2025 : le FHCC. "Federal Histoires à la Con Championship".
Avoue, Bernard. Tu as eu peur pendant un quart de seconde. "La vengeance par la plume".

On arrive donc sur place le vendredi, après trois heures de route et autant d’années d’ouïe en moins à bord de notre BMW 2002 Tii bleue, afin de participer au prologue facultatif, histoire de faire toutes nos conneries avant qu’elles ne comptent au classement.
Grand bien nous en prend : Deux speed zones à 30 km/h en RT zappées à l’insu de notre plein gré et une convocation officielle à la direction de course pour juger de notre éventuelle disqualification.
On commence en toute grande pompe !
Rétrogradés en 41ème position du prologue avec nos pénalités, je constate que nous sommes précédés au classement par un certain... Bittman.
J’aurais bien une petite ville en Normandie à lui suggérer où passer ses vacances.
Quoi ? Quetteville ? Non, même pas. Je pensais plutôt à Boulleville, 5 km au Nord-Est.
Cette région continuer à me fumer trois mois plus tard, je ne m’en remets toujours pas.
Soit. L’ambiance est bonne dans l’habitacle.
Quand j’annonce à Arthur qu’on arrive à "Theley", il me répond que ce n’est pas très gentil.
OUFTI. Les Gen Z sont dotés d’aptitudes mentales avancées ?!
Il va falloir en informer les Boomers.
D’ailleurs, en parlant d’âge, c’est déjà la deuxième personne avec qui je roule en 2025 dont l’année de naissance est reprise dans le modèle de sa voiture, après Bernard à Pair en Corolla 1600.
La journée se termine tranquilement au buffet, où nous a rejoint Valentin, le plus franco-belge des belgo-français.
Le pauvre, il ne sait pas encore que son samedi consistera à nous prendre en photo depuis le bord de la route. Laissons-le pour l’heure manger sa salade innocemment.
Allez, un dernier verre, et puis au lit.

La Nissan 240Z d’Eric Muller et Valentin Charlet s’immobilisera : embrayage cassé.

Samedi matin. Pas un nuage. On démarre avec le n°6.
Éric et Valentin se voient affubler d’un R au classement en live dès l’RT 2.
On n’en est pas encore au niveau de Freddy Loix au Tour de Corse 2000, mais on s’en approche.
C’est bien dommage, en tout cas, et on est déçu pour eux.
De notre côté, la journée se passe bien. On pointe même en tête pendant un court instant.
On rate toutefois quelques CP suite aux astuces exceptionnelles que Marc nous distille dans ses cartes à tracer.
C’est en fin d’après-midi qu’on se fera jarter du bon wagon avec cette fameuse RT à la carte muette complètement ratée de ma part. Un désastre.
J’envoie Arthur plus à gauche qu’il ne faut où il ne fallait pas, et c’est le drame.
Toutes les prises de temps restantes au forfait.
*BOINK* C’est le son du coup de bambou.
Complètement durchgefickt.
Je monte au rupteur en constatant, incrédule, les minuscules pénalités des autres équipages.
"Tous au GPS, bordel ! 1,8 point sur une muette de 10km ! Jamais de la vie !! JAMAIS !!!".
Quelques riverains assis sur leur banc se demandent si le copilote de la n°6 n’était pas plutôt censé diriger un orchestre ce samedi. On retombe 6ème.

Pour nous revigorer après ce malheureux épisode, quoi de mieux qu’un RT de 20 bornes dans une base militaire désafectée et labyrinthique de 120 ha ?
Le terrain de jeu est sensationnel. On en oublie tous nos déboires.
On oublie aussi de quitter à droite après seulement 150 mètres.
Heureusement que Marc a eu la bonté de mettre tout en fléché-métré.
Il nous faudra quand même 4 km à stock entre les bunkers et les sapins pour nous recaler. Un tout grand moment !

Un peu plus loin, dans une carte à tracer "frontière" (où il faut rester le plus près possible d’un trait ajouté sur la carte de base), je repère à l’avance un tout petit chemin à moitié caché derrière le symbole d’une chapelle. J’écris en majuscules : "BIEN DERRIÈRE".
Sauf qu’on évolue du Nord vers le Sud et que, pour lire la carte dans le sens de progression, je la retourne.
Fatigue aidant, je ne suis plus capable de déchiffrer ma propre écriture à l’envers. On se fait avoir, alors que la solution est littéralement écrite en majuscules taille 32 à même la carte !!
Nous voilà avec un beau "33" sur notre feuille de route, alors qu’il fallait prendre le "Q" derrière la chapelle.
Vous vous souvenez de la technique de rattrapage "à la Charleroi" ?
Rien n’interdit, en principe, d’écrire un CP en WordArt pérave dans sa case.
Mon Q, tel un blob, vient donc englober le 33.

L’Art de récolter les CP 😂

Et, cette fois, je trouve que c’est un peu mieux réussi. (Résultat en image.)
Arthur se marre pendant notre petit arrangement avec la réalité.
Ca a même l’air de le galvaniser, vu la manière dont on les rétame tous dans le dernier RT. Encore un fait capital non relayé par la presse spécialisée.

On finit donc sur une bonne note, mais je râle quand même pour la carte muette et ne me prive pas de le faire savoir à toute la table lors du buffet. Baptiste me rappelle alors qu’on dispose de 5 jokers.
Ah ! Je croyais qu’on en avait que 2.
La transition de Calimero à Cédric Villani ne prend pas plus d’un battement de cils.
Si mes calculs sont bons, on devrait récupérer 75 points. Donc le PODIUM.
Des minutes passent, le classement est mis à jour. Gros suspense.
On passe de 6ème à ...4ème.
A 5 points du podium ! C’est inhumain. Dégueulasse.
Et Calimero de renvoyer la sauce.
Je vérifie le classement. Il y a un truc bizarre, quand même.
On ne récupère que 20 points sur les 75 escomptés.
Et pour cause : les prises de temps forfaitaires n’ont pas été reprises dans les jokers.
SCANDALE.
Calimero à la TRUELLE qui CRACHE DU FEU.
Je reçois alors un message de Marc : "Il y a un bug, on y travaille".
L’ascenceur émotionnel se mue en missile hors-sol.
Qui vient à terme PULVÉRISER le désormais ex-3ème dont je n’ai jamais su le nom et qui me détestera jusqu’à la fin de ses jours. Car oui, on REPASSE P3.
Aussi non-mérité que sensationnel !

Encore mieux que P2, car cela aurait signifié que nos deux coucous de Landen nous auraient coupé l’herbe dorée sous le pied.
On repart donc avec un trophée sans leur offrir ce plaisir.
Scénario idéal sur le coup de minuit.

Arthur, Thomas, Michaël, Frédérique, Valentin, Bernard, Baptiste

Le retour, du barrage Hoover au robinet !

Après quelques km sur le trajet du retour, Arthur demande à la BMW si elle a chaud.
Elle nous répond avec une aiguille dans le rouge.
En mécanos de tout premier ordre que nous sommes, on avance chacun nos hypothèses.
Thermostat ? Joint de culasse ? Baptiste qui pose pour le calendrier Pirelli ?
Arthur entend une petite voix ténue venant de la calandre : "J’ai juste... soif... bande de cons..."
Ah oui, tiens, le radiateur est quasi VIDE !
Toute notre eau en bouteille ayant été ingurgitée ce samedi, ne reste que les plastiques vides dans l’habitacle.
Nous voilà donc en rade à la sortie de Theley.
Le temps de regarder s’il y a un night shop au bourg, un bruit de moteur se fait entendre. C’est une MR2 noire.
Aaaah, nos meilleurs amis, c’est fantastique que vous soyez venu au Bostalsee ! Heureux de vous voir, n’est-ce pas ?
Dites, sans rancune, hein ?
Bernard, en vrai saint, nous ravitaille du demi-litre qu’il lui reste avant de disparaître dans la nuit.
De quoi atteindre le seul night shop de Theley qu’Arthur a repéré sur Maps.
On se gare devant. Il est minuit et demi, les rues sont désertes.
On distingue deux gamines qui font des danses TikTok à l’intérieur.
Bienvenue à Silent Hill.
Et la porte est fermée.
Elles nous expliquent qu’il faut scanner le QR code à côté de la porte pour créer un compte client, le vérifier avec notre adresse mail, puis s’enregistrer sur le site afin de nous autoriser l’accès au shop.
Euh. Et c’est quoi la prochaine étape ? Demander assistance à des hackers nord-coréens pour aller chercher mon pain ?
Elles vont me proposer les pillules rouge et bleue en m’informant que je vis dans la matrice, tant qu’on y est ?
Ca ne fonctionne évidemment pas.
"Vire habeune noure aïne flaïche vasseur naudiche".
"Tut mir leid", et tournent les talons.

Recherche désespérément "Wasser"

On est bouche bée.
L’instinct de survie prend alors le dessus.
On repère un parking pour mobilhome à cinq minutes.
Perdu, pas de robinet.
Openstreetmap montre un étang juste en dessous.
Perdu, il est grillagé.
Il y a une rivière pas loin mais le seul accès est une petite piste cyclable de 80cm de large. Rien à foutre, on est dedans.
Si des policiers passaient à ce moment précis, je ne sais pas s’ils aurait ri ou s’ils auraient tiré.
Et c’est encore perdu, grosse barrière après 100 mètres.
Mais, du coin de l’oeil, je vois un petit renfoncement dans les broussailles.
On entend du ruissellement quand on coupe de le moteur. Bingo ! De l’eau !
Enfin... Un filet.
Avec son centimètre de profondeur, l’eau n’arrive même pas au goulot de nos bouteilles.
On continue à marquer des points au FHCC même après l’arrivée.
Réfléchis... réfléchis.
Cerveau en éruption !
On va faire un BARRAGE.
Au fait, c’était quoi, encore, ce dessin animé là ?
Jean-Mi Neutron.
On fouille le coffre à la recherche de notre obstacle. Ce sera le vieux couvercle en plastique de la vieille caisse à brol qui trainait là.
Mais, une fois positionné avec soin, force est de constater que l’eau passe par la gauche, par la droite et par en-dessous. Manque plus qu’à travers.
Moment de silence, interrompu par un pouffement galvaudé.
Heureusement que personne n’est là pour nous voir.
Pas le choix, il va falloir rouler jusqu’à la prochaine station, à 20 km.
On déboule de la piste cyclable, direction l’autoroute.
Il faut croire que l’eau de Bernard sortait tout juste de son frigobox, car la température reste stable jusqu’au robinet à la pompe.
Et donc, il suffisait d’aller directement à la station sans se taper l’épisode du barrage Hoover ?
Ouais, mais ça aurait eu vachement moins de gueule quand même.

Je me prends un bon gros chips bien mérité pour le reste du trajet, où on décide d’un commun accord de rouler plus ensemble à l’avenir.
Car il me semble que, pour une première, on a fait fort !

Tremblez, donc.

À la prochaine.

Texte : Thomas Collard.
Photos : Mathias Kaiser - Nico Rosenhauer

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