Jean-Louis Trintignant au Condroz (et moi à côté …) sur Ascona 400 !

Paul Fraikin    2016-10-29 14:33:31   

Les notes de route de Paul Fraikin


Ce monstre sacré du cinéma adorait piloter, il roula aux 24h de Franco (où j’ai d’ailleurs eu le privilège de lui tendre mon micro lors d’une édition qui avait vu la domination écrasante de BMW et de Eddy Joosen / Armin Hahne / Hans Heyer, vainqueurs devant la BMW n° 26 pilotée par Jean-Pierre Jarier, Thierry Tassin et lui-même, le neveu du légendaire Maurice Trintignant, dit « Pétoulet ») . L’amener en rallye fut un challenge de fou ! Comment ai-je osé ?

L’histoire est incroyable !

"Un homme et une femme" de Claude Lelouch (avec Anouk Aimée)

Jean-Louis Trintignant m’a toujours bluffé ; pas par son pilotage (d’ailleurs, il s’avouait humblement "bon conducteur, mais pas champion"), mais par sa simplicité, son infinie gentillesse et son extraordinaire humanité ... Des qualités qu’il démontrera encore, bien plus tard, à l’occasion d’un événement familial dramatique. Un seigneur, un vrai. Et toujours un ami, malgré notre sortie fatale dans un arbre !

En fait, Jean-Louis Trintignant (86 ans) a orienté ma vie et ainsi contribué à la création de Champion’s ! ! !

L’histoire est incroyable : en juillet 81, aux 24H de Francorchamps, dans les paddocks, je croise Raymond Thibout (Tabacs Cinta) qui me confie que Jean-Louis Trintignant, alors en course sur BMW-Bastos, est en fait surtout passionné par le rallye. Comme moi déjà ...

"Et Dieu... créa la femme" de Roger Vadim (avec Brigitte Bardot)

J’ose lui proposer de faire un rallye ensemble !

A l’époque, JL Trintignant est une immense vedette, niveau Brigitte Bardot, Alain Delon ou JP. Belmondo ! C’est donc en tremblotant que j’aborde ce monstre sacré. Et j’ose lui proposer de faire un rallye ensemble, dans le cadre d’une opération TV pour l’émission Vendredi-Sports... Miracle :
- "J’suis d’accord, mais pas avant novembre." ... Novembre ? Un rallye me saute à l’esprit :
- " Le Condroz, à Huy ?"
- "J’vois pas ; mais peu importe lequel hein, pourvu qu’on s’amuse ...Au fait, quelle voiture on aura ?" ... Comme on est dans le stand de BMW Peeters Waterloo Motors, l’affaire est vite arrangée avec le père de Daniel, qui "fait" Opel.
- "Ce sera une Ascona 400 Gr. 4 !"
- "Et le sponsor ?"
- "Ben, Gitanes, évidemment !" Et Castrol (merci J-Louis Monheim) ...

Ce sera une ASCONA 400 Gr4...

Comme convenu, 4 mois plus tard - le jour dit, à l’heure dite - il a sonné à la porte de mon appart, j’entends encore sa voix inimitable, rauque, basse, douce et chaude … dans le parlophone … : "C’est Jean-Louis, je suis en bas. Tu descends ?" …

Gentil, prévenant, méticuleux : « J’ai acheté plein de cartes routières, on ne sait jamais !  » Soudain, j’ai mesuré ma responsabilité d’avoir emmené dans ce challenge (dangereux quand même ! ) une star mondiale, moi qui n’étais encore qu’un copilote débutant .. J’ai eu un frisson. Il l’a remarqué et m’a dit : « T’inquiète pas, moi aussi je suis un novice, essayons de faire ça au mieux, et pardonnons-nous d’avance nos futures erreurs. D’accord ? » Je l’ai regardé, son regard était d’une humanité désarmante … Je l’aurais bien embrassé : « Merci Jean-Louis, merci ! »

Chou, chouuuu …viens voir qui est là !!!

Les recos ont été un merveilleux rêve tout éveillé : même si on est tombé en panne, en pleine nuit, du côté de Jallet ! Il en a ri et, à tour de rôle, en sueur, on a poussé la voiture (une Datsun, je crois) jusqu’à une ferme où les braves proprios, d’abord effrayés puis très méfiants (« vous allez quand même pas téléphoner en France, hein ? ») , ont failli s’évanouir quand ils l’ont reconnu (« C’est nin vreye, c’est l’homme du cinéma !!!  ») ; puis ont appelé toute la famille, et tout le village ! ... Sur les hauteurs de Huy, un pompiste l’a reconnu en nous faisant le plein et, éberlué, a hurlé, en continuant de presser le pistolet et de se verser l’essence sur les pieds : « Chou, chouuuu …viens voir qui est là !!! ».

Bref, ce Grand Monsieur d’une simplicité extraordinaire a parlé à tout le monde et signé des autographes non-stop. Il s’était préparé à la perfection : pour être performant la nuit, parce que sa vue n’était plus top, il avalait même des gouttes d’essence de myrtille.

Mais le bilan du rallye n’a pas été chouette : 13e après le 1er jour : "Proverbe provencal : 13 reste raide", me dit-il. Prémonition ?
Le 2e jour, au matin, à la sortie du Bois de Tihange, on a tapé un arbre, très fort. Jean-Louis était groggy au volant et j’ai eu très peur pour lui car l’Ascona a failli prendre feu, ça puait l’essence … Quand on a débriefé cette expérience, il m’a dit : "T’es pas un mauvais copilote, mais t’es pas fait pour ça, tu devrais conduire toi-même. Essaye et tiens moi au courant ..."

Ce monde à part mériterait bien une émission spéciale...

J’ai relevé le défi, et c’est ainsi que j’ai fait quelques 75 rallyes en 10 ans. Un jour, je me suis dit que ce monde à part mériterait bien une émission spéciale, et ce fut Champion’s TV ! Je l’ai rappelé, lui ai expliqué ce que je lançais et il m’a dit :"C’est merveilleux et je suis très heureux que notre aventure y ait peut-être contribué !"

Je lui ai encore rappelé récemment qu’il est à l’origine de toute l’aventure (et donc aussi des Champion’s Day) et il m’a dit, tout simplement : « C’est à deux qu’on l’a fait ! »

Paul FRAIKIN

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