Deux frères et 26 chevaux ... il fallait oser !

Bob d’Automag    2015-02-18 01:11:01   


Début janvier 2015, nous annoncions la participation de 2 frères au Rallye Monte Carlo Historique à bord … d’une Trabant de 26 chevaux !

Si certains espèrent gagner cette épreuve de régularité, pour d’autres, il s’agit surtout de relever un défi, à l’image de Jean-Maurice et Christian Duhaut.

Mais comment leur est venu cette idée d’engager une Trabi ?!?

L’aventure du 18ème Rallye Monte Carlo Historique de Jean-Maurice et Christian Duhaut est partie d’une boutade de Thomas, le fils de Christian : “pour l’entame de votre prochaine décennie, vous devriez faire quelque chose en commun” avait-il lancé. “çà vous dirait de participer au Monte Carlo Historique 2015 ?” poursuivait-il avec un brin d’ironie ? Et c’est ainsi que l’idée se mit à germer …

Jean-Mo avait bien son superbe coupé CG avec lequel il participe aux rallyes de régularité, mais cette auto n’ayant jamais participé au Monté Carlo entre 1955 et 1980 n’était pas éligible ! Il restait bien la possibilité d’inscrire une Porsche 911, mais celle-ci était de 1989 et donc trop récente. Alors l’idée de la voiture originale est venue de Philippe, le fils de Jean-Maurice, qui ne passe pas inaperçu au volant de son break venu de l’allemagne de l’est… ce sera une Trabant P601 ! Une auto qui tourne à l’essence de Solex me lance Jean-Maurice, ça ne s’invente pas hein ! (NDLR : Jean-Maurice s’occupe aussi du Solex Club Spirales de Calais).
Les organisateurs monégasques ont été enthousiasmés par la demande d’inscription de la P601 et elle fut acceptée. Le projet était lancé !

Des mois de préparation ont été nécessaires pour fiabiliser la petite voiture (NDLR : nous en parlons dans notre article du 22 janvier). (Article : Deux frères et 26 chevaux à l’assaut du Monte Carlo Historique)

Le vendredi 30 janvier à 8h30, les frères Duhaut ont pris la route au volant de leur petite Trabant : Christian et Jean-Maurice participent ensemble au Monte Carlo Historique 2015. Tous leurs amis étaient là pour assiter au grand départ du duo calaisien à bord de cette petite berline allemande pétaradant au son du moteur 2 temps en direction de Reims, l’étape de concentration.

Les frères Duhaut l’ont voulu, ils l’ont eu… leur Monté Carlo. Après 20 kilomètres, problème électrique … Jean-Mo change un fil et c’est reparti. Deux heures après le départ de Calais les voici bloqués ¾ d’heures sur l’autoroute A16 au niveau d’Arras … à cause de la neige ! Heureusement la route qui doit les mener à Reims se passe tranquillement. Le long périple qui les mènent vers le sud par les départementales sera parsemé d’averses de neige. Les routes deviennent glissantes et il faudra chausser les pneus neige.

Samedi 31 janvier, au petit matin, les deux hommes n’avaient pas encore pu dormir une seule minute. Mais ils attaquent les spéciales dans la joie et la bonne humeur.
Christian Duhaut : “mon frère est fatigué mais il assure … et puis on le savait avant de partir”.
Cette fois c’est parti, avec une voiture d’assistance qui les suit comme elle peut avec le carburant deux temps, introuvable dans les stations services.
Après la ZR1, la Trabant termine 15è de sa catégorie, un exploit. “Laissez les clous, c’est tout blanc dans la ZR3, ça va être du vrai Monte Carl !” lance un organisateur.

Des congères plus hautes que la voiture !

Avec les petites routes enneigées, verglacées et glissantes, le pilotage sera un élément déterminant. Jean-Maurice et Christian sont satisfaits de leurs premiers jours de course. Au départ de la ZR4 ils annoncent qu’ils sont classés 191è sur les 314 participants. Ce n’est pas mal pour la plus petite auto engagée.

Pourtant , la vie est dure pour la petite Trabant ménée par les deux calaisiens : “ nous sommes passés par le col de la Menée, à 1400 mètres d’altitude. La voiture a beaucoup de mal dans les montées”.
Le 26 chevaux du bicylindre qui anime la petite allemande semblent bien faibles pour traverser les Alpes. Mais les ascensions ne sont pas forcément le pire : “nous avons des conditions de course vraiment vraiment difficiles : les congères sont plus hautes que la voiture. Et quand il n’y a pas de neige, il y a du verglas, et c’est forcément dans les descentes …”.
D’autres concurrents en font les frais, les sorties de route et les abondons commencent à tomber. Pour la Trabant des frères Duhaut, les pièges des routes hivernales sont du même tonneau : “la voiture n’avance quasiment jamais en ligne droite, elle gigote autant qu’elle peut. C’est difficile, les conditions sont vraiment apocalyptiques !”.

Les organisateurs ont revu leurs exigences un peu à la baisse, les moyennes passent de 45 à 43km/h. Mais même comme çà, c’est difficile à tenir avec ces routes à lacets, les chicanes et des virages à n’en plus finir. Christian voit bien que Jean-Maurice doit s’accrocher au volant pour tenir la petite sur la route. C’est l’hiver à Monaco, mais Jean-Mo à souvent eu chaud  !

La Trabant résiste …

Avec une position en milieu de classement, les 26 cv de la Trabant des frères Duhaut font mieux que de la figuration. Jean-Maurice aux manettes, Christian aux cartes, la Trabant calaisienne a encore fait des miracles dimanche et lundi, malgré la neige.
Dimanche soir, nous avons rencontré sur la fin du parcours des pentes très (trop) importantes pour la petite Trabant”.
Jean-Maurice a dû de nombreuses fois rouler en première vitesse pour grimper le col de l’Echarasson. Les 26 chevaux de la Trabant ont bien des difficultés malgré le harcèlement continu du jockey. Le retard s’accumule jusqu’à ce que le rétrotrip affiche une différence de près d’1 kilomètre avec le cadenceur !
Pas grave, nous rattrapons cela dans les descentes” ironise Jean-Mo. Le passage des 3 cols de cette ZR11 longue de 37km se terminait “ventre à terre” pour passer dans les temps.

La finale dans des lieux mythiques.

A l’arrivée sur le quai Albert 1er, à Monaco, les équipages n’ont que quelques heures de repos avant de reprendre le volant pour l’étape finale, disputée entièrement de nuit, dans l’arrière pays niçois. Lucéram, Loda, le col Saint Roch, la Bollène-Vésubie, Sospel, le col de Turini sont autant de noms qui sonnent bien dans les oreilles des participants. Et selon les habitués, c’est dans cette étape que tout se gagne … ou se perd !

Les premiers concurents étaient à peine partis que le ciel commencait à pleurer “c’est de la neige fondante” annonçait un officiel de l’organisation avec un sourire qui en disait long sur les conditions que l’on pouvait rencontrer à 1600 mètres d’altitude lors du franchissement du fameux Turini.

Il est 23h06 lorsque s’élancent les frères Duhaut vers la ZR13, que l’on annonce très pentue. “le mot est faible” conteste Jean-Maurice qui doit repasser la première pour parvenir à négocier à peu près correctement les épingles. Il est facile de comprendre que cette situation était très pénalisante pour la petite Trabant qui, bien qu’acceptant de très hauts régimes imposés par son pilote, ne réussisait pas à se maintenir dans la moyenne imposée. Mêmes difficultés pour le passage de la Bollène-Vésubie (ZR14 la dernière)
Les pentes sont trop raides. Pour Christian le rêve serait de franchir le col sous le jets de boules de neige comme pour l’épreuve moderne. Mais contrairement aux prévisions, il n’y avait qu’un peu de poudreuse à 1600 mètres d’altitude, donc pas suffisament pour que les spectateurs se livrent à ce petit jeu. “Dommage ce sera mon seul regret sur les 2.732km du rallye” confie Christian à l’arrivée après que , dans la descente de Sospel, la petite “machine à laver” ait pris des allures d’essoreuse centrifugeuse tellement le moteur était sollicité !

A Sospel, retrouvailles avec l’assistance et satisfaction familiale lors de la descente finale vers Monaco où les salves d’applaudissements saluaient l’arrivée de la Trabant.
Le défi des “deux frères givrés” paraissait totalement fou, et pourtant il aura été pleinement réussi et de mains de maîtres.

Sur 317 équipages au départ, la Trabant n°310 termine à la 173è place du classement général.

Il fallait oser tenter cet exploit magnifiquement réussi !

Les deux frères Duhaut ont bouclé leur aventure : participer au Rallye Monte Carlo Historique à bord de leur petite Trabant, et terminer !

Lors de la somptueuse soirée de gala organisée dans la salle des étoiles du Sporting de Monaco, Jean-Maurice et Christian Duhaut ont été appelés sur la scène sous les applaudissements des équipages concurrents qui, d’ailleurs s’étaient déjà manifestés à plusieurs reprises, les félicitant pour leur exploit : rivaliser outrageusement avec les voitures puissantes malgré les 26 chevaux de leur petite “machine à laver”. Et c’est la Coupe de la Commission Historique de l’Automobile Club de Monaco, témoignage de la superbe performance réalisée tant sur le parcours routier, effectué sans aucune pénalité, que lors des zones de régularité où il fallait composer avec les dénivelés importants des Alpes Maritimes ou de Haute Provence, qui leur a été attribuée par les responsables de l’A.C.M.

2732 kilomètres de rallye, 55 heures passées dans la voiture pour couvrir les 5 étapes, les deux frères s’adjugent aussi la 10è place dans leur catégorie “moyenne basse” dans laquelle étaient engagés 22 équipages.

BRAVO messieurs, il fallait oser !

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